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[Magazine] Côte d’Ivoire : quand l’art revient au pays


(Photo : afp)

Ethnologue, Hans Himmelheber fut un passionné de la Côte d’Ivoire et de son art. Depuis peu, sa collection a été rendue à son pays d’origine et s’y expose. Un geste rare dans la restitution des biens culturels d’Europe vers l’Afrique.

Entre les années 1930 et 1970, Hans Himmelheber, ethnologue allemand, a sillonné la Côte d’Ivoire en quête d’objets rituels qui fascinaient les avant-gardes européennes. Une centaine de pièces de sa collection, 15 000 photos et une douzaine de films ont été rendus à leur pays d’origine. Si la tendance aux restitutions d’œuvres d’Europe vers l’Afrique s’accélère, un tel geste reste encore rare, selon les experts.

Ces chefs-d’œuvre Sénoufo, Dan, Baoulé et Gouro mais aussi des objets de la vie quotidienne de ces ethnies sont désormais exposés à Abidjan et à Man (nord-ouest du pays). Devant les masques, les tortues finement ciselées et cuillères cérémoniales, admirés jusqu’alors par le public suisse du musée Rietberg de Zurich – avec lequel l’ethnologue entretenait d’étroits liens, se pressent désormais des écoliers ivoiriens.

Ils sont venus visiter l’exposition «Murmures d’archives», au musée des Cultures contemporaines Adama-Toungara, à Abobo (commune populaire d’Abidjan) qui retrace jusqu’au 8 mars les périples du chercheur, décédé en 2003. Ainsi, 24 objets sur les 107 redonnés à la Côte d’Ivoire y sont présentés, aux côtés d’une partie des milliers de photos et de films réalisés par l’ethnologue et nouvellement numérisés.

«Hans Himmelheber a toujours acheté ses objets», explique Michaela Oberhofer, responsable des collections Afrique et Océanie au musée Rietberg. «Mais on ne veut pas faire abstraction du contexte colonial qui forçait parfois les gens à vendre.» Parmi ces objets, souvent de très grande valeur, un impressionnant masque cagoule-wabele ou un autre de coureur Dan aux traits féminins, en bois noir vernis, aux grands yeux ronds et à la bouche pulpeuse, qui faisait partie des pièces favorites de l’ethnologue.

Quelques personnes ont reconnu leurs ancêtres sur les photos et les films… C’était très émouvant!

«Cette donation est très importante, car elle permet de diversifier les collections» du musée des Civilisations d’Abidjan, dépositaire des objets, explique son directeur Francis Tagro. Ce dernier se félicite d’avoir désormais des œuvres des principales aires culturelles du pays dans son institution, actuellement en rénovation et qui doit rouvrir cette année. En 2025, la Suisse et la Côte d’Ivoire ont conclu un partenariat bilatéral pour encadrer le retour de biens culturels. En parallèle de cette restitution, des projets de recherche et des ateliers ont été financés.

Les photos et films de Himmelheber ont été projetés dans 16 villages du pays Dan, régulièrement visités par l’ethnologue, pour faire vivre ces archives et «stimuler localement» le désir des jeunes générations de renouer avec des traditions parfois perdues, selon les mots de son propre fils Eberhard Fischer. «Quelques personnes ont reconnu leurs ancêtres sur les photos et les films… C’était très émouvant!», raconte Michaela Oberhofer.

Scientifique scrupuleux, Hans Himmelheber s’attachait à documenter en filmant, enregistrant et photographiant, le parcours, les techniques et le style des artistes, comme le travail sur les masques Yohouré du sculpteur Kouakou Dili qu’il avait rencontré en 1933. Reconnu aujourd’hui pour ces masques à la bouche fine, au nez allongé et aux sourcils prononcés, certaines pièces ont pu lui être attribuées.

«L’art africain est anonymisé», explique Eberhard Fischer. «Mais mon père traitait les artistes aussi sérieusement qu’un Picasso ou un Paul Klee», assure t-il. «Apprendre à voir la délicatesse de ces œuvres est quelque chose que Hans Himmelheber nous a appris», poursuit-il. De sa dizaine de voyages, l’ethnologue a aussi rapporté des objets d’ornementation, sans utilité particulière, démontrant l’existence d’un «art pour l’art». Parmi eux, des poulies de métiers à tisser en bois dont les riches décors à têtes de femme semblent gêner l’utilisation.

Certains objets du quotidien, comme des poteries, permettent «de questionner le concept classique que nous avons de l’art africain, qui ne se résume pas aux masques et aux figurines», observe Michaela Oberhofer. La Côte d’Ivoire attend désormais de pied ferme l’arrivée du tambour parleur Djidji Ayôkwé, dérobé par les colons en 1916 et conservé en France. Le principe de sa restitution a été validé par le Parlement français en juillet dernier.

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