DISPARITION Technicien hors pair, Charlie Dalin était l’un des plus grands navigateurs de sa génération, capable de transformer chaque épreuve de la vie, à terre comme en mer, en cap à franchir pour continuer d’avancer.
Architecte naval devenu skipper de génie, il est décédé à l’âge de 42 ans des suites d’une tumeur stromale gastro-intestinale (GIST), a annoncé sa femme Perrine Le Pape. On lui doit l’un des plus grands exploits de l’histoire de la course au large : un Vendée Globe 2024/2025 remporté en seulement 64 jours 19 heures et 22 minutes, nouveau temps de référence, avec une tumeur «de la taille d’un pamplemousse» dans l’estomac.
Grand pudique qui a toujours préféré laisser ses résultats parler pour lui, Dalin ne révélera l’existence de son cancer que huit mois après son arrivée triomphante aux Sables-d’Olonne. «Mes points forts? Plus c’est dur, plus ça me donne envie de bien régler le bateau, de me défoncer», confiait-il en 2016 au départ de la 47e Solitaire du Figaro, l’une des rares courses qu’il n’a pas réussi à gagner (5 podiums entre 2014 et 2018).
«Je suis galvanisé par ça», ajoutait ce compétiteur né, qui après les cours au Havre jetait toujours un coup d’œil au drapeau de l’hôtel de ville pour estimer la force du vent avant d’aller sur l’eau, qu’il neige ou qu’il pleuve, en hiver comme en été.
Né le 10 mai 1984, au Havre, d’une famille de terriens – son père est tour-manager pour des groupes de rock, sa mère assistante commerciale –, il a découvert son sport par hasard à six ans lors de vacances à Crozon (Finistère).
«Au début il y avait la fascination de la mer et ça s’est transformé en passion pour la voile. Exploiter le vent et la machine pour aller le plus vite possible et trouver les routes les plus rapides, ça me fait vibrer», racontait-il.
Ado, il lit religieusement le magazine spécialisé Voiles et Voiliers et ne rate aucun des départs de la Transat Jacques Vabre (désormais Café L’Or) qui s’élance tous les deux ans de sa ville natale.
Dalin nourrit l’espoir d’imiter les grands marins, Franck Cammas ou Paul Vatine, qui tapissent les murs de sa chambre. Bac obtenu, il s’exile à Southampton (Angleterre) pour suivre un cursus spécialisé.
Suède, Australie, Thaïlande…, le jeune marin pose ses valises un peu partout en tant qu’équipier, technicien ou préparateur, pour financer sa passion. Installé à Concarneau (Finistère), il met à l’eau en 2019 son premier Imoca, Apivia, fruit d’un travail commun entre l’architecte Guillaume Verdier, l’écurie MerConcept et ses propres choix de design.
Un parcours magistral
Rapidement, il s’impose comme le patron de cette classe relevée de monocoques utilisés sur la plus célèbre des aventures en mer : le Vendée Globe, auquel il rêve de participer.
En 2021, il est déjà le premier à passer la ligne d’arrivée, malgré une sérieuse avarie de foil réparée au prix d’innombrables efforts. La victoire lui échappe finalement pour 2 h 30 en raison d’une bonification de temps accordée à Yannick Bestaven. «Cette deuxième place a été une grosse frustration. Pendant longtemps je me réveillais la nuit, je refaisais la course, les manœuvres pour comprendre où j’avais laissé filer ce temps», racontait le skipper.
Alors, malgré une tumeur stromale gastro-intestinale diagnostiquée à l’automne 2023, il reprend le départ de l’édition 2024/2025, avec l’accord de ses médecins et une thérapie ciblée sous forme de comprimé.
Il laisse une trace magistrale autour du monde. En tête sur la majorité du parcours, Dalin résiste sur son Macif à une violente tempête dans l’océan Indien que la plupart de ses concurrents décident de contourner. Il pulvérise le précédent record de 10 jours.
Les distinctions pleuvent : il est élu «Marin de l’année» par la fédération française de voile et par la fédération internationale. Le Washington Post raconte son combat en une, des médecins y voient un exemple équilibré pour les malades. Tandis que la tumeur gagnait du terrain ces derniers mois, il continuait, comme il l’a fait toute sa vie, à répéter qu’il n’allait «rien lâcher»: «Je fais tout pour pouvoir revenir naviguer, sur nos beaux plans d’eau, sur nos beaux bateaux».