[Mondial-2026] Quel autre temple du football peut se targuer d’avoir vu s’écrire en son sein parmi les plus grandes pages de l’histoire des Coupes du monde? Flash-back sur trois matches de légende.
Le match du siècle
Du spectacle, des buts et une dramaturgie comme seul le foot peut en offrir. En ce 17 juin 1970, l’Italie et l’Allemagne de l’Ouest (RFA) disputent une demi-finale épique durant la prolongation, arrachée par Schnellinger dans le temps additionnel. Le fameux «catenaccio» finit par sauter, après avoir longtemps découragé des Allemands déjà plombés par la blessure de Franz Beckenbauer, qui s’est disloqué la clavicule droite à la 70e.
Malgré la douleur, «Der Kaiser» reste sur la pelouse, sans quoi la Mannschaft, ayant déjà procédé à ses deux changements, se serait retrouvée en infériorité numérique. Les 30 minutes supplémentaires sont folles, les deux équipes se rendent coup pour coup. Gerd Müller donne l’avantage à la RFA, Tarcisio Burgnich égalise, Gigi Riva remet l’Italie devant, mais Müller y va d’un doublé pour le 3-3. Et seulement 20 secondes après, Gianni Rivera, fautif sur l’action précédente, se rachète en prenant Sepp Maier à contrepied à dix minutes du terme.
Au bout de l’épuisement, la Nazionale assure sa présence en finale, mais l’image qui restera est celle d’un vaincu valeureux, Beckenbauer, le bras en écharpe, strappé contre le torse, entré dans la légende.
Je vais pleurer! Bon Dieu, vive le football!
Pelé en lévitation
Tant de moments exaltants ont animé la finale du Mondial-1970, largement remportée (4-1) le 21 juin par le virevoltant Brésil aux dépens de l’Italie épuisée, qui avait jeté toutes ses forces dans la bataille en demi-finale contre la RFA. Il y eut tous ces mouvements collectifs de grande classe, avec à la baguette cinq n°10 (Gerson, Rivelino, Jairzinho, Tostao, Pelé), déroulant une symphonie fantastique faite football, jusqu’à se trouver les yeux fermés à l’image du 4e et dernier but offert à Carlos Alberto. Un chef-d’œuvre démarré comme sur un air de samba, avec les déhanchés du milieu défensif Clodoaldo s’amusant à dribbler quatre Italiens au départ de l’action.
Mais ce dont tout le monde se souvient plus encore, c’est la partition parfaite de Pelé pour ses adieux à la Coupe du monde. Le temps a semblé s’arrêter à la 18e minute quand il s’est élevé si haut, si longtemps, pour catapulter le ballon dans les filets adverses et ouvrir le score, suscitant l’ébahissement des 107 412 spectateurs présents. Également auteur de deux passes décisives dans cette finale rêvée, le «Roi» a fini par être porté en triomphe à l’issue du succès de la Seleçao. Son troisième sacre après 1958 et 1962.
La main de Dieu
Dieu et diable, Diego Maradona fut les deux à la fois dans l’Azteca le 22 juin 1986, lors du quart de finale victorieux face à l’Angleterre (2-1). Une dualité qui s’est manifestée en l’espace de quelque 250 secondes. Pour inscrire le premier but à la 51e, il y a mis toute sa malice, sa main gauche coupant un ballon aérien promis au gardien Peter Shilton pour mourir dans le but, sans que l’arbitre aperçoive l’acte de tricherie. «Je l’ai mis un peu avec la tête de Maradona et un peu avec la main de Dieu», déclarera l’intéressé à l’issue du match.
Pour marquer le second à la 55e, il y a mis tout son génie, son pied gauche dribblant tour à tour cinq joueurs anglais, dont Shilton, pour pousser le ballon au fond des filets, au bout d’une chevauchée fantastique démarrée de son camp. Et la folie de s’emparer de l’Azteca, jusqu’au journaliste d’une radio argentine Victor Hugo Morales, en transe au moment de commenter l’action : «(…) Maradona! Génie! Génie! Génie! Ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta… Gooooool! Gooooool! Je vais pleurer! Bon Dieu, vive le football! Golaaazooo! Diegoooooool! Maradona! Maradona, dans une course mémorable, dans la meilleure action de tous les temps… Cerf-volant cosmique! (…) De quelle planète es-tu venu pour laisser autant d’Anglais derrière toi? (…) Diegol, Diegol, Diego Armando Maradona! Dieu merci, pour le football…»
Auteur d’un doublé contre la Belgique (2-0), «El Diez» reste muet en finale contre la RFA, mais offre à Jorge Burruchaga le but du titre (3-2) au grand dam de… Franz Beckenbauer, sélectionneur de la Mannschaft décidément maudit à Mexico City.
Sa cure de jouvence
Plus moderne mais toujours aussi monumental pour accueillir le troisième match d’ouverture de Mondial après ceux de 1970 et 1986, 60 ans après son inauguration. Aucun autre stade au monde n’a jamais eu cet honneur. Il a rouvert ses portes après deux ans de travaux de rénovation, à l’occasion du match amical Mexique – Portugal (0-0) le 28 mars. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, qui assistait au match, a salué le retour du football dans sa «cathédrale», même si la rencontre a été endeuillée par le décès d’un supporter ivre qui a fait une chute depuis une tribune.
De l’extérieur, c’est le même édifice monumental porté par ses 66 emblématiques colonnes en béton armé. Sa façade ne présente qu’un changement significatif : une bande rouge avec l’inscription «Stade Banorte», la banque qui a parrainé les travaux à hauteur de 115 millions de dollars en échange du droit de donner son nom à la structure pendant 12 ans.
À l’intérieur, c’est un colosse bien plus technologique et proche des normes des grands stades européens, y compris au niveau des tarifs, bien trop élevés aux yeux de nombreux supporters.
Inaugurée en 1966 avec une capacité de 110 000 spectateurs, l’enceinte peut aujourd’hui en accueillir 87 500, mais il n’y aura que 83 000 sièges (qui disposent de porte-gobelets) disponibles cet été.