Messi a fait du Messi. Auteur de deux passes décisives face à l’Angleterre, la «Pulga» a envoyé ses coéquipiers vers le but, et vers une finale hispanophone.
Bien pris par Elliot Anderson et un peu emprunté malgré quelques éclairs pendant la majeure partie de la demi-finale, mercredi à Atlanta, le génie argentin s’est transformé en guerrier alors qu’Anthony Gordon avait ouvert le score pour les Three Lions (55e). D’abord en centrant de la droite sur Enzo Fernandez, laissé seul aux 20 mètres par la défense anglaise. Le milieu de Chelsea a eu tout le temps d’armer sa frappe pour battre Jordan Pickford et égaliser (85e).
Puis, toujours à l’offensive, il a surgi sur la droite pour récupérer une frappe de son compatriote Alexis Mac Allister repoussée par le poteau et, à la lutte avec le défenseur anglais Djed Spence, a adressé du pied droit un centre millimétré à Lautaro Martinez, dont la tête a propulsé l’Argentine en finale dans le temps additionnel (90+2).
Déjà co-meilleur buteur de la compétition à égalité avec Kylian Mbappé (8 buts, et encore a-t-il manqué ses deux penalties contre l’Autriche et l’Égypte), il s’est rapproché de Michael Olise au nombre des passes décisives (4 contre 5 pour le Français).
Au coup de sifflet final, la «Pulga» est restée longtemps sur le terrain, bras levés et sourire tendu vers les supporters argentins qui ont encore une fois tremblé, qui ont encore une fois exulté.
Un match à l’image du parcours
Comme depuis le début du tournoi, l’équipe de Lionel Scaloni a eu chaud et n’a montré son talent que lorsqu’elle était menée.
Avant la demi-finale contre les Anglais, l’Argentine version 2026 avait frôlé la correctionnelle face au Cap-Vert (3-2 a.p.) avant de passer très près d’une élimination contre l’Égypte en huitième de finale (3-2 alors que l’Albiceleste était menée 2-0 à la 79e) et de souffrir encore au tour suivant contre la Suisse (3-1 a.p.).
Messi, en semi-retraite à l’Inter Miami depuis 2023, ne court plus comme avant mais reste d’une efficacité diabolique. Il l’avait déjà montré durant le final fantastique contre l’Égypte quand, mené 2-0 à dix minutes de la fin, il avait sauvé l’Albiceleste avec une passe décisive pour Cristian Romero puis un but en l’espace de cinq minutes. «C’est devenu un animal», avait alors décrit Zlatan Ibrahimovic sur le plateau de Fox Sport. «Quand il s’est mis en chasse, personne ne pouvait l’arrêter.»
«Trop pour que nous puissions l’arrêter»
Interrogé sur Messi en zone mixte, Harry Kane a dit avoir eu le sentiment que les Anglais avaient «très bien géré» le phénomène argentin «pendant une grande partie du match».
«Mais comme toujours avec les joueurs les plus dangereux au monde, lorsqu’ils ont le ballon dans les 30 dernier mètres, ils peuvent créer quelque chose», a poursuivi le capitaine de la sélection anglaise. «Il l’a encore fait aujourd’hui. Il est évidemment l’un des meilleurs joueurs de tous les temps, et ce n’est pas un hasard.»
Un regret? Lui avoir laissé trop d’espace dans les vingt dernières minutes du match. «Cela lui a permis, à lui mais aussi aux autres manieurs de ballon, d’entrer dans le match, de gagner en confiance et de recevoir des ballons dans des zones dangereuses. Au final, c’était trop pour que nous puissions l’arrêter.»
Aux Espagnols de s’en souvenir dimanche au MetLife Stadium d’East Rutherford, en banlieue de New York, où Messi tentera de guider les siens vers une quatrième étoile mondiale, la deuxième consécutive, ce qu’aucune équipe n’a réussi depuis le doublé du Brésil de Pelé et Garrincha en 1958 et 1962.
«Les (îles) Malouines sont argentines» : c’est la banderole déployée par des joueurs argentins au coup de sifflet final. Le gouvernement britannique a appelé, jeudi, à une enquête de la FIFA.
Cette banderole, en référence au litige territorial qui a dégénéré en conflit armé en 1982, a été portée par plusieurs joueurs après le coup de sifflet final et déposée sur la pelouse du stade d’Atlanta par Giovani Lo Celso. Elle semble contrevenir au règlement de la FIFA, qui interdit toute manifestation politique dans une enceinte lors des tournois qu’elle organise.
«La Coupe du monde n’est peut-être pas à nous, mais les îles Falklands (NDLR : le nom britannique des Malouines) le sont assurément», a réagi un porte-parole de Downing Street. Plus tôt jeudi, le ministre britannique des Entreprises et du Commerce, Peter Kyle, avait lui estimé qu’il s’agissait d’une «violation flagrante» du règlement de la Fédération internationale de football (FIFA), et que cette dernière devait mener une enquête «minutieuse» sur l’incident.
Le président argentin, Javier Milei, a tenté de tempérer les choses mercredi soir : «Ne mélangeons pas les choses. Les Malouines se récupèrent avec une diplomatie avisée et non avec des gestes de patriotisme bon marché», a-t-il dit sur Radio Mitre, sans se référer spécifiquement au geste des joueurs.