[MONDIAL-2026] En avalant en jet privé les folles distances du Mondial-2026, le patron de la FIFA met en lumière l’indifférence de l’instance à toute démarche de sobriété climatique.
Obscène et démoralisant
De son côté, la FIFA explique que ses dirigeants arbitrent entre vol commercial ou privé «selon ce qui est le plus efficace et économique» et que, dans tous les cas, l’organisation «paie les coûts de voyage».
Mais le cas personnel du dirigeant italo-suisse, 56 ans, «reflète parfaitement le problème systémique» de ce tournoi, et plus largement de la direction prise par la FIFA, affirme David Gogishvili, géographe à l’université de Lausanne. En réutilisant 16 stades «dispersés à travers un continent», l’organisation du football mondial «a créé un modèle structurellement dépendant des transports aériens», les plus émetteurs de CO2, résume-t-il.
«Mettre chaque jour ses dirigeants dans des vols privés n’envoie pas exactement le message» d’une prise de conscience climatique, renchérit sur Instagram John Hocevar, de Greenpeace USA, alors même que ce Mondial illustre les dégâts de la chaleur extrême «pour les joueurs comme pour les supporters».
Le Mondial féminin en train? Non!
Loin d’être une option sans lendemain, l’éparpillement géographique se reproduira l’an prochain lors du Mondial féminin au Brésil, préféré en 2024 par la FIFA à une candidature 100% accessible en train entre Belgique, Pays-Bas et Allemagne.
Et il prendra un tour encore plus extrême avec le centenaire du Mondial masculin, en 2030, organisé entre Maroc, Portugal et Espagne, avec trois matches en Amérique du Sud et la perspective toujours pas tranchée de passer à… 64 équipes.
Tarification et loges VIP obligent, le recours aux avions privés pour un Mondial est de surcroît loin de se limiter à la direction de la FIFA, augmentant encore l’empreinte globale de l’événement. Le Mondial-2022 avait attiré au Qatar 1 846 jets privés, relevait fin 2024 la revue britannique Nature, soit plus que le Super Bowl, le Festival de Cannes, le Forum économique de Davos et la COP 28 réunis.
«Les émissions associées à une Coupe du monde sont, par définition, des émissions de luxe et non de subsistance», rappelait il y a un an l’universitaire américain Tim Walters sur la plateforme de débat Play the Game. «Dans ce contexte, l’activité ostentatoire des ultrariches est particulièrement obscène et démoralisante», jugeait-il.