Contraints de passer des heures à pédaler en plein soleil sous des températures étouffantes, les coureurs font preuve d’une résistance impressionnante.
«Jusque-là, ils s’en sortent bien. Est-ce que c’est facile? Non. Mais on fait tous de notre mieux» : en quelques mots, Charles Wegelius, le directeur sportif de l’équipe EF, a résumé le sentiment dominant dans le peloton depuis le début le 4 juillet d’une Grande Boucle marquée par une chaleur accablante.
«Il fait chaud, mais les organismes s’habituent, donc on devrait quand même pouvoir courir sans mettre en danger notre santé», expliquait le coureur de la Cofidis Benjamin Thomas. Pas spécialement affolé par la vigilance rouge et les plus de 40 °C en ressenti s’abattant sur la route entre Malemort et Ussel dimanche, le peloton a presque accueilli le raccourcissement de 30 km de l’étape avec indifférence.
«C’est pour tout le monde pareil, je pense que tous les coureurs ont été préparés à ça, on a fait des entraînements à la chaleur en amont», résume avec simplicité le Français Nicolas Breuillard, 8e de l’étape du jour. Car si les forçats de la route aimeraient évidemment gratter quelques degrés en moins au moment du départ quotidien, ils ont développé une résistance à la chaleur épatante, alors que le reste du pays cuit et subit les dégâts d’une troisième canicule avant même la mi-juillet.
Au premier rang des remparts au coup de chaud, les bons vieux bidons, parfois glacés, distribués tout au long de la course avec de la glace sur laquelle les coureurs se ruent. Lors de journées torrides comme celle de dimanche, la totalité de l’encadrement des équipes peut être sollicitée pour être répartie sur la route et ravitailler les coureurs.
À l’arrivée, ils enfilent des gilets réfrigérants, passent du temps dans des bacs remplis de glace et boivent. Beaucoup. «En soi, la chaleur n’est pas quelque chose de nouveau sur le Tour, nous travaillons dessus depuis plusieurs saisons pour améliorer» la gestion, indique Charles Wegelius, en référence au «heat training» désormais généralisé.
Le directeur sportif britannique évoque également un matériel de pointe au service de la performance et du refroidissement permanent de ses hommes. «Ils ont des matelas refroidissants qui suivent la température corporelle du coureur, cherchent à l’optimiser et le réchauffent au moment du réveil le matin», décrit-il.
De quoi limiter les effets néfastes de la chaleur sur leurs organismes et leur permettre de courir presque… normalement. En témoigne les près de 47 km/h de moyenne dans la première heure de course dimanche, alors que Corrèze n’avait jamais autant rimé avec fournaise.
Malgré cette abnégation, ce genre d’efforts n’a pourtant rien d’une partie de plaisir et des voix s’élèvent pour tenter d’adapter les épreuves au réchauffement climatique, qui rend toujours plus nombreuses et brûlantes les journées caniculaires.
Changement d’horaires?
Dimanche, le syndicat des coureurs a réclamé un changement des «heures de départ des courses estivales». Et certains ont poussé la réflexion, à l’image de Guillaume Martin-Guyonnet, qui prend régulièrement la parole pour pointer les conséquences du changement climatique sur la pratique du vélo.
«Ça fait quelques jours qu’on voit qu’il fait vraiment plus frais le matin, donc je pense que ce serait peut-être plus utile de partir quelques heures plus tôt», lançait-il au départ de Malemort.
«Vu la tournure que prend le réchauffement climatique, il va sans doute falloir commencer à modifier ces horaires de départ (…), un départ à 9 h 30, 10 h, ce serait bien : on aurait tous fini avant qu’il ne fasse trop chaud, plutôt que de commencer à 14 h en plein milieu de la journée», le rejoint l’Australien Luke Durbridge.
Mais pour Tadej Pogacar, partir plus tôt n’est pas vraiment viable. Partir à 10 h «ne sert à rien», il faudrait «commencer à 8 ou 9 h, voire même avant, et ça c’est un peu nul aussi», a jugé le maillot jaune vendredi, disant préférer l’idée d’une large modification du calendrier. Le débat est ouvert, et il est également chaud.