Accueil | Sponsored Content | Luxembourg : Sommes-nous vraiment tous égaux devant l’impôt ?

Sponsored Content / Luxembourg : Sommes-nous vraiment tous égaux devant l’impôt ?


Dans un pays où le PIB par emploi figure parmi les plus élevés du monde, la question de la justice fiscale pourrait sembler secondaire. Elle est pourtant au cœur d’un débat qui monte : celui de savoir qui, réellement, finance le modèle social luxembourgeois – et dans quelle mesure chacun y contribue à la hauteur de ses moyens.

Aujourd’hui, la fiscalité luxembourgeoise repose encore largement sur les revenus du travail, tandis que le capital, les patrimoines élevés et les grandes entreprises contribuent proportionnellement moins.

Les chiffres disponibles dressent un tableau qui mérite attention et qui font état de nombreuses inégalités fiscales au Luxembourg.

Parmi ces inégalités, la plus accablante est celle de la différence de traitement fiscal entre la taxation des revenus du capital par rapport à ceux du travail. Un salarié percevant 4 000 € par mois s’acquitte d’environ 500 € d’impôt, là où des dividendes d’un montant équivalent ne génèrent que moins de 100 € de prélèvements. Une plus-value de 100 000 € sur des actions peut être totalement exonérée, tandis qu’un revenu du travail identique peut entraîner près de 25 000 € d’imposition. L’OCDE classe le Luxembourg parmi les pays où l’écart de taxation entre travail et capital est le plus prononcé.

Ce déséquilibre fiscal se double d’une dérive dans la progressivité. En théorie, le système fiscal luxembourgeois est conçu pour que chacun contribue selon ses revenus. En pratique, les données des deux dernières décennies racontent une autre histoire : entre 2002 et 2019, le taux d’imposition effectif des classes moyennes a bondi de 13,2 % à 21,4 % (+62 %), pendant que celui des ménages les plus aisés restait quasi stable (de 22,1 % à 21,6 %). Aujourd’hui, les classes moyennes financent 72,8 % du système sociofiscal, alors qu’elles représentent 61,4 % des ménages.

La concentration des richesses ajoute une troisième couche à ce tableau. Les 10 % des ménages les plus fortunés détiennent 48,6 % de la richesse totale du pays, et le patrimoine productif – celui qui génère des revenus passifs – est encore davantage concentré : 73 % appartiennent aux 5 % les plus aisés. En matière d’héritages, 83 % du patrimoine transmis profite aux 10 % les plus riches. Ce sont quelque 350 milliards d’euros qui seront un jour transmis, en grande majorité sans taxation.

La question se pose également du côté des entreprises. Les ménages assurent près de 37 % des recettes publiques via l’impôt sur le revenu, auxquels s’ajoutent 22 % via la TVA. Les sociétés, de leur côté, ne contribuent qu’à environ un quart des recettes, malgré des profits en hausse de 42 % entre 2020 et 2024. Le taux officiel d’imposition des entreprises avoisine 24%, mais le taux effectivement acquitté peut descendre entre 1% et 8% grâce aux dispositifs d’optimisation disponibles.

Ces déséquilibres ont des conséquences tangibles. La crise du logement en est l’illustration la plus visible : les prix immobiliers neutralisés de l’inflation restent environ 50 % plus élevés qu’en 2010, et le taux d’effort des locataires a grimpé de 31,8 % à 39,3 % entre 2016 et 2023. Pour les

ménages les plus modestes, plus de la moitié du revenu est absorbée par le seul logement. Pendant ce temps, jusqu’à 20 000 logements resteraient inoccupés, tandis que près de la moitié des terrains constructibles détenus par des personnes physiques appartiennent aux 1 000 plus grands propriétaires.

Ce débat n’est pas celui d’une fiscalité punitive, mais d’un rééquilibrage raisonné. L’État nécessite ces recettes fiscales pour investir dans son modèle social : 42 % de ses dépenses vont à la protection sociale, les soins de santé sont financés à 86 % par des fonds publics, des transports gratuits pour tous, une dépense d’au moins 20 000 € par an et par élève.

Ce rééquilibrage suppose de réinterroger en profondeur certains choix actuels : il faut renforcer la taxation du capital et des patrimoines les plus élevés, notamment via un impôt sur les grandes fortunes, instaurer une imposition des successions importantes, restaurer une véritable progressivité de l’impôt sur les hauts revenus et garantir une contribution plus juste des entreprises. Il implique également de réduire les niches fiscales injustifiées et de mettre fin à certains privilèges fiscaux qui accentuent les inégalités. La fiscalité ne peut plus être considérée comme un simple outil technique : elle doit aussi devenir un levier central pour répondre à des enjeux majeurs, au premier rang desquels la crise du logement.

La soutenabilité du modèle social luxembourgeois dépend, in fine, d’une contribution plus équitable de l’ensemble des acteurs économiques. Une véritable justice fiscale est une condition essentielle pour garantir son financement, sa pérennité et sa légitimité sociale.

https://www.csl.lu/fr/justice-fiscale/

Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.