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Cri de détresse

Le constat est accablant. Accaparés par la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et par les tensions au Moyen-Orient, nous, Européens, détournons trop souvent le regard des autres conflits. Le constat vaut aussi pour nous, journalistes. Le Soudan en est l’exemple frappant : la guerre entre l’armée et les paramilitaires est entrée ce mercredi dans sa quatrième année. Sans ce sombre anniversaire, peu d’attention serait portée à la situation dans le troisième plus grand pays d’Afrique. Les chiffres sont pourtant effarants. Aux dizaines de milliers de morts s’ajoutent plus de 20 millions de personnes souffrant d’une faim aiguë. L’ONU évoque la pire crise humanitaire au monde. La guerre a également contraint quelque 11 millions de Soudanais à fuir leur foyer. Depuis janvier seulement, plus de 700 civils ont été tués dans des frappes de drones.

Quelle est la réaction de la communauté internationale? Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lance un cri d’alarme : «Ce cauchemar doit cesser». Sera-t-il entendu? Un premier pas a été franchi mercredi à Berlin, lors d’une nouvelle conférence internationale sur le Soudan. Cette guerre «n’est pas très souvent sous les projecteurs», a reconnu le chancelier Friedrich Merz. Un signal positif a toutefois émergé de la capitale allemande. Alors que l’assistance humanitaire recule dans de nombreux pays, les 55 États réunis ont promis de mobiliser 1,5 milliard d’euros, bien au-delà des 850 millions réunis lors d’une précédente conférence sur le sujet. Même les États-Unis promettent de contribuer, malgré les coupes drastiques décidées par le président Donald Trump dans le budget de l’USAID. À l’inverse, l’UE prend à elle seule en charge la moitié de l’effort, soit 750 millions d’euros.

Il existe toutefois un écart notable entre les promesses et le déblocage effectif des fonds. La conférence sur le Soudan ne serait pas la première où les montants annoncés tarderaient à se concrétiser, voire n’arriveraient jamais sur le terrain. Toute hésitation ne fait qu’aggraver l’intolérable cercle vicieux décrit par Denise Brown, responsable de l’ONU au Soudan : «Répétition des violences sexuelles, répétition des déplacements, répétition des morts. On a l’impression d’être coincés dans une boucle.»

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