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Bilan MSF : même l’Europe bride les humanitaires


Le mégacamp de Kutupalong-Balukhali, au Bangladesh, est le plus grand camp de réfugiés au monde (photo Robin Hammond/Noor)

Médecins sans frontières a présenté son bilan de l’année 2018 ce jeudi. Entre les conflits armés et les conséquences de plus en plus dramatiques du changement climatique, l’ONG est venue en aide à des millions de personnes.

« Le monde ne va pas bien, le multilatéralisme dysfonctionne aujourd’hui.» C’est en ces termes que le directeur de Médecins sans frontières, Paul Delaunois, a introduit hier la présentation du rapport d’activités de l’ONG pour l’année qui vient de s’écouler. «Malheureusement, en 2018, nous n’avons pas vu de conflit cesser, le changement climatique a eu des conséquences dramatiques et nous avons dû faire face à des épidémies qui ont touché des milliers de personnes.»

MSF, qui est intervenu dans 74 pays l’an dernier, a ainsi enregistré plus de 11,2 millions de consultations en ambulatoire et hospitalisé près de 760 000 personnes à travers le monde pour la seule année 2018. «C’est énorme», précise, si besoin était, Paul Delaunois.

Si l’Afrique paye encore le plus lourd tribut en matière d’accès aux soins, la situation est aussi très préoccupante au Moyen-Orient, en particulier au Yémen, pays en guerre depuis quatre ans et où les civils sont directement visés par des frappes. Ou en Asie, notamment au Bangladesh, où sont toujours réfugiés un million de Rohingyas depuis la terrible répression d’août 2017 menée par l’armée du Myanmar contre cette minorité musulmane.

Des abris précaires

«Ces réfugiés ne vivent pas dans des conditions humaines», répète le directeur de MSF. «Leur vie est en danger. Ils vivent dans des abris précaires et dans des campements surpeuplés, dans des conditions d’hygiène déplorables. Nous avons dû faire face à de nombreuses épidémies de diphtérie, rougeole, varicelle.»

En outre, MSF a réalisé dans ces camps quelque 35 000 consultations prénatales. Loin de signifier que «la vie continue» malgré tout, ce chiffre illustre en fait la violence sexuelle dont sont victimes les femmes dans de tels contextes.

Une situation terrible dont l’issue demeure pour le moins incertaine, comme l’exprime Paul Delaunois : «Le plus inquiétant, c’est que deux ans plus tard, on ne sait toujours pas ce qu’on va faire de ces gens.» Aucune solution politique ne semble en effet être envisagée à l’heure actuelle.

L’Europe touchée elle aussi

Autre situation alarmante qui témoigne des tensions géopolitiques qui ont cours sur la planète : les blessés par balle de la bande de Gaza. Depuis mars 2018, des dizaines de milliers de Palestiniens manifestent chaque vendredi le long de la frontière avec Israël pour commémorer la Nakba (la «catastrophe»), l’exode palestinien de 1948.

«Lors de cette « Marche du retour », l’armée israélienne tire sur les manifestants, surtout au niveau des jambes», témoigne Paul Delaunois. «Plus de 6 500 personnes, surtout des jeunes et des enfants, ont été blessées. Nous fournissons les premiers soins, mais ces personnes ont besoin de chirurgie reconstructrice, de longues interventions. Nous avons un hôpital spécialisé en Jordanie qui opère 200 patients par an, mais les capacités de MSF ne suffisent clairement pas. Beaucoup d’entre eux sont donc amputés.» C’est toute une génération qui se trouve sacrifiée, et une communauté qui se sent abandonnée. «Nos interventions à Gaza sont aussi là pour redonner espoir à la communauté.»

Les terribles conditions dans lesquelles travaillent les humanitaires sont parfois d’autant plus difficiles que leurs activités sont de plus en plus criminalisées et ce, y compris à l’intérieur de nos frontières européennes. Pour preuve, l’arrestation de l’Aquarius l’été dernier, ce bateau qui venait en aide aux migrants en Méditerranée et sur lequel travaillaient des médecins de l’ONG.

«S’il y a cinq ans on m’avait dit qu’une telle chose se passerait en Europe, je n’y aurais pas cru», soupire Paul Delaunois. «Aujourd’hui, je suis très inquiet. La criminalisation de nos activités remet en cause les principes même de l’humanitaire : neutralité, indépendance et humanité.»

Tatiana Salvan

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