Accueil | Police-Justice | Dealer séquestré à Differdange : « Ce n’était pas un kidnapping ! »

Dealer séquestré à Differdange : « Ce n’était pas un kidnapping ! »


"J'ai juste essayé de l'aider. Quand on était chez moi, je lui ai dit : 'Prends une douche', et je lui ai donné mon caleçon", affirme le premier des six prévenus jugés. (illustration Julien Garroy)

Depuis mardi, six hommes âgés de 27 à 33 ans comparaissent pour avoir extorqué à plusieurs reprises un dealer de Differdange. C’était une proie facile, jusqu’au jour où il a tout déballé à la police. Jeudi après-midi, la 13e chambre criminelle s’est attaquée à l’audition du premier prévenu.

« Moi je ne tape pas, je ne blesse personne. Je n’avais aucune arme. J’étais présent, c’est vrai… » Voilà, en résumé, les déclarations du premier prévenu, surnommé «Goma», entendu au troisième jour du procès. Le trentenaire reconnaît s’être rendu deux fois chez le dealer à Differdange. C’était le 29 décembre 2014 et le 25 janvier 2015. Mais pour le reste, il conteste tout.

En ce qui concerne les faits reprochés à l’été 2012, où la victime aurait été une première fois séquestrée et menacée au fer à repasser, de façon à ce qu’elle sente la chaleur et finisse par livrer sa planque de drogue au Pakebierg à Belvaux, il est catégorique: «Jamais, jamais, jamais!» À l’époque, affirme-t-il, il n’était pas au Luxembourg. «Je peux vous prouver que j’étais en Suisse. À Bâle, j’ai été contrôlé à la frontière en avril avec 10g de beuh.»

Il n’empêche que le prévenu affirme avoir connu la victime dès 2010. «On jouait ensemble au poker… J’achetais de la beuh chez lui.» Et, d’ailleurs, il aurait eu des dettes de 500euros vis-à-vis d’elle.

Toujours est-il que le 29 décembre 2014, «Goma» s’est rendu chez son dealer à Differdange. Ce jour-là, raconte le prévenu, il aurait accompagné son «pote» Sandro qui, comme lui, se trouve sur le banc des prévenus. La raison ? Deux kilos de marijuana qui auraient été avancés à un certain M.

«Je suis allé avec Sandro, parce que j’avais besoin d’argent.» Mais pour tout ce qui s’est passé sur place, il ne serait pas responsable, dit-il. «Le coup de la crosse d’arme, ce n’est pas de ma faute si quelqu’un le lui a donné.» Il explique encore : «Je ne suis pas allé dans son appartement pour braquer, mais pour aller chercher des trucs.» Selon l’enquête, les auteurs étaient repartis avec 2 kilos de marijuana et 8 000 euros en liquide. «C’est seulement ensuite que j’ai appris que ce n’étaient pas des dettes», déclare «Goma».

« Quel menteur »

Près d’un mois plus tard, il s’est de nouveau retrouvé à cette adresse à Differdange. Cette fois-ci, ce n’est pas le dealer en personne qui a été victime de l’agression, mais un ami qui promenait son chien. Quatre personnes l’avaient embarqué dans une Volkswagen Golf. Elles l’auraient frappé, blessé de deux coups de couteau dans la jambe, puis, sur la banquette arrière, avec le couteau sous la gorge, forcé à appeler le dealer pour lui annoncer leur arrivée.

De nouveau, «Goma» conteste avoir porté le moindre coup ou avoir été le «chef». Mais quand la présidente lui a rappelé qu’on lui reproche la séquestration, sa réponse fut la suivante : «Ce n’est pas moi qui l’ai pris. J’ai juste essayé de l’aider. Quand on était chez moi, je lui ai dit : ‘Prends une douche’, et je lui ai donné mon caleçon. Enfin, il a été ramené devant chez lui. Ce n’était pas un kidnapping, madame !»

Les déclarations du prévenu n’ont pas fait l’unanimité dans la salle. «Quel menteur», entendait-on régulièrement depuis le banc des prévenus. Et la présidente l’a rendu plus d’une fois attentif au fait que ses déclarations étaient en contradiction avec certains témoignages. La réplique de «Goma»: «Je ne suis pas là pour dire : ‘Je suis coupable’. Mais les témoins ont aussi dit des choses qui ne sont pas vraies.» La présidente intervient : « Alors vous, vous dites la vérité ? » – « Non. Moi je dis ce qui s’est passé, c’est tout ! Je vous raconte ma vérité.»

Les autres prévenus auront l’occasion de déballer leur version mardi, lors de la suite des débats. À la différence de «Goma», ils ne sont pas en prison. L’un d’entre eux en a d’ailleurs profité pour aborder l’un des témoins avant l’audience jeudi. Mais la chambre criminelle s’en est rapidement rendu compte. «Les témoins n’ont pas besoin de vos conseils !», l’a mis en garde la présidente. Le prévenu, Sandro, a alors tenté de se défendre : «Je ne l’ai pas menacé. Je lui ai juste dit : ‘Dis la vérité’. C’est tout.»

Fabienne Armborst

PUBLIER UN COMMENTAIRE

*

Votre adresse email ne sera pas publiée. Vos données sont recueillies conformément à la législation en vigueur sur la Protection des données personnelles. Pour en savoir sur notre politique de protection des données personnelles, cliquez-ici.