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Bébé secoué : « Il pleurait souvent »


Du dossier, il ressort que le nourrisson se trouvait dans un «état comateux». Il souffrait d'hémorragies rétiniennes et d'hématomes sous-duraux. (illustration AFP)

Un jeune couple a comparu, mercredi, devant le tribunal correctionnel. Tant la mère que le père reconnaissent avoir secoué leur fils il y a deux ans.

« On ne naît pas parent, on le devient. Chez moi, cela a duré un peu plus longtemps. » C’est avec des larmes dans la voix que la prévenue a reconnu, mercredi après-midi, devant la 9e chambre correctionnelle avoir secoué son bébé en octobre 2015 : «Je ne voulais certainement pas cela. Mon enfant signifie tout pour moi.»

«Je ne savais pas comment m’aider», raconte la jeune mère, âgée aujourd’hui de 31 ans. Elle ne cache pas avoir été surmenée. «Le petit pleurait souvent. J’ai appelé ma sœur qui est aussi maman. Je me faisais toujours des soucis…»

Comme son compagnon, elle est poursuivie pour coups et blessures volontaires. Les faits reprochés à ce dernier remontent au 12 novembre. Lui non plus ne conteste pas avoir secoué leur fils. Ce jour-là, sa compagne était partie faire les courses. Au moment du biberon, il aurait retrouvé son fils totalement convulsionné dans son lit. Il dit avoir d’abord tenté de le ranimer avec de l’eau, puis à l’air frais. Comme cela n’aurait rien donné, il l’aurait secoué. Par panique, dit-il : «Je voulais aider mon fils.» «Je n’étais pas conscient que je pouvais le blesser», a-t-il précisé aux juges.

Au retour de sa femme qu’il avait appelée dans l’action, ils avaient d’abord filé à l’hôpital Kirchberg… où on les avait redirigés vers la Kannerklinik. Du dossier, il ressort que le nourrisson se trouvait dans un «état comateux». Il souffrait d’hémorragies rétiniennes et d’hématomes sous-duraux. «Ce sont des blessures typiques du syndrome du bébé secoué», a conclu le médecin légiste. Selon lui, on peut expliquer de façon plausible que l’hématome sous-dural plus ancien diagnostiqué ait provoqué les convulsions. Malgré toutes ces séquelles, le nourrisson s’en est sorti. Il est resté hospitalisé pendant deux semaines avant d’être placé, dans un premier temps, dans une famille d’accueil.

D’après le service protection de la jeunesse de la police judiciaire chargé de l’enquête, les parents ont tout de suite été très coopératifs. Tous deux ont expliqué avoir secoué une fois leur enfant. «J’ai l’impression qu’ils le regrettent», a remarqué l’enquêtrice. Les parents ont entretemps récupéré leur enfant. L’une des conditions étant qu’il fréquente une crèche une fois par jour. La famille est également suivie.

Entre un an et deux ans avec sursis requis

«Le jeune couple a agi par inexpérience et panique. Ce n’était pas volontaire», a estimé la défense des prévenus, qui demande de requalifier les faits en «coups et blessures involontaires». L’avocat est d’avis que, compte tenu de ses aveux et de son repentir, la mère pourrait bénéficier d’une suspension du prononcé. Le père, quant à lui, devrait être acquitté.

Le parquet a toutefois fait entendre un autre son de cloche. «L’enfant n’a pas arrêté de pleurer. C’est souvent l’explication qu’on donne dans de tels dossiers. Mais ce n’est pas une excuse !», a martelé le premier substitut, qui demande au tribunal de retenir les «coups et blessures volontaires» : « Le fait de prendre l’enfant par les aisselles, de le secouer et de voir sa tête se balancer violemment d’avant en arrière, c’est clairement un geste volontaire ». La représentante du parquet a encore parlé d’un «geste dramatique et grave».

Pour la détermination de la peine, elle demande néanmoins de prendre en considération que le jeune couple n’a pas d’antécédents judiciaires et qu’il a immédiatement collaboré. «Et le plus important dans cela, c’est que l’enfant va bien», a-t-elle souligné. Le parquet a requis deux ans de prison et une amende contre la mère et un an et une amende contre le père. Étant donné que le couple a exprimé son repentir, il ne s’oppose pas à un sursis intégral.

L’avocate représentant la victime dans cette affaire s’est constituée partie civile et a réclamé 25 000 euros au titre du préjudice moral.

Prononcé le 10 janvier.

Fabienne Armborst

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