VAL DE BRIEY Elle avait 13 ans lorsque son calvaire a démarré. Au domicile familial, un père a multiplié les agressions sexuelles sur sa jeune fille. En 2020, la victime, à bout, le dénonce à la police.
En octobre 2013, elle dit stop. «J’en avais marre de n’avoir une vie d’adolescente normale que sous la condition de me faire abuser par mon père.» Du haut de ses 16 ans à cette époque, elle décide de ne plus céder aux chantages de sa figure paternelle. En échange d’argent ou d’un service, elle devait accepter de se laisser toucher et lécher la poitrine. Un procédé qui s’est étalé sur trois ans, à partir de 2010, au domicile familial installé à Conflans-en-Jarnisy.
Le jour où la victime prend son courage à deux mains et tient tête à son père, une altercation éclate. «De toute façon, tu n’es plus ma fille», aurait asséné l’homme à son enfant. «Là, ça a été un trop-plein», décrit cette dernière. «Je ne savais pas comment j’allais sortir de tout ça. Parce que j’avais trop honte de parler, trop peur de ce qui allait pouvoir se passer après.» Au bout du rouleau, elle ingurgite une dose conséquente de médicaments dans le but de mettre un terme à ce supplice. «La seule chose qu’il a su me dire le matin où il m’a retrouvé, c’est : »Je vais être en retard au boulot ».» À l’hôpital, l’ado ne se confie pas au personnel soignant, préférant livrer son lourd secret à quelques proches seulement.
Ce ne sera que le 22 juillet 2020, où, au lendemain d’une nouvelle dispute, elle passe enfin la porte du commissariat de Conflans-en-Jarnisy. «On me disait de ne pas en parler car j’allais détruire la vie de mon petit frère, qui était tout pour moi. Je me suis retrouvée plusieurs fois devant le commissariat de Conflans en pleurs, parce que je n’en pouvais plus de vivre ce calvaire.»
Trois ans de prison ferme
Face aux enquêteurs, elle lâche tout. Les attouchements , les chantages, mais aussi cette scène qui restera à jamais gravée dans sa mémoire. La seule fois où son père serait passé aux aveux. «Il s’est adossé au plan de travail de la cuisine. Et ma mère lui a demandé : »Alors, tu touches ta fille ».» Sa réponse : «Oui et alors?». Interrogé à son tour, le mis en cause semble tomber des nues. «Tout est faux. Je n’ai jamais touché ma fille. Je ne sais pas où elle est allée chercher ça.» Selon lui, elle aurait inventé cette histoire car, parfois, il refusait de lui donner de l’argent : «Elle cherchait de l’argent partout».
Le 30 juin dernier, les deux protagonistes ont pu livrer leur version devant le tribunal correctionnel de Val de Briey. Une audience chargée en émotions, de laquelle la victime, âgée aujourd’hui de 29 ans, est sortie en larmes. Le ministère public avait requis la relaxe de son père. «Je ne dis pas que les faits ne se sont pas produits. Je dis simplement que dans une situation où ils ont été commis dans un strict huis clos, parole contre parole, ça ne suffit malheureusement pas.»
Mais le 21 juillet, après délibération, les magistrats ont finalement reconnu l’homme de 61 ans coupable. Trois ans de prison ferme, avec mandat de dépôt à effet différé, ont été prononcés à son encontre.
Alexis Vaury (Le Républicain lorrain)