Plus de vingt ans après son retrait de la colonie de Ganim, en Cisjordanie occupée, Israël l’a officiellement inaugurée à nouveau jeudi, dans une nouvelle illustration de la politique d’intensification de la colonisation menée par le gouvernement Netanyahu.
«Nous sommes revenus à Ganim – et nous sommes revenus pour y rester», a affirmé le ministre israélien de la Défense Israël Katz, présent pour la cérémonie. Sur l’unique rue récemment aménagée, l’odeur de l’asphalte fraîchement coulé flotte dans l’air. De nouveaux résidents et leurs proches, venus les aider à s’installer, sourient à la vue de leurs préfabriqués flambant neufs.
Dans un camion garé à proximité, des dizaines de climatiseurs, encore dans leurs cartons, sont prêts à être installés. «Il y a un mois, il n’y avait rien ici. Une montagne rocheuse, presque pas d’arbres, quasiment pas d’ombre. Nous venons d’arriver», témoigne Reut Baran, 35 ans, devant son logement.
Ganim est l’une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël, en même temps que toutes celles de la bande de Gaza, dans le cadre du plan de retrait de l’ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. Leur emplacement isolé, dans le nord de la Cisjordanie, près de la ville palestinienne de Jénine, avait notamment motivé leur démantèlement. Trois d’entre elles ont désormais été reconstruites sous l’actuel gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur fond de forte accélération de la création de nouvelles colonies, et de légalisation d’avant-postes.
Souvent constitués de quelques caravanes ou préfabriqués construits sans l’aval du gouvernement israélien, ces avant-postes visent à créer des faits accomplis.
Une vingtaine de préfabriqués déjà installés
A Ganim, environ une vingtaine de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s’activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations.
Matan Berkovitch, un jeune homme de 25 ans qui s’installe avec sa femme et son enfant, se dit «heureux de vivre une époque comme celle-ci, où des ministres du gouvernement nous soutiennent et guident dans la bonne direction.» Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l’AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n’entraîne à terme leur déplacement.
De part et d’autre de la route reliant Israël à la nouvelle colonie, l’armée a démoli ces derniers jours des commerces et bloqué plusieurs chemins de terre menant aux villages palestiniens, y amoncelant des gravats. Une centaine de personnes ont assisté à Ganim à la cérémonie d’inauguration, venus d’Israël ou d’autres colonies de Cisjordanie, dont des députés et deux ministres.
Yossi Dagan, le président du Conseil régional, chargé des colonies de ce secteur parle de «moment historique.» Il a rappelé qu’un plan de construction de 19 nouvelles colonies dans cette zone avait été lancé, avec le soutien du gouvernement.
«Aujourd’hui, nous revenons à Ganim et nous la reconstruisons. Nous ne sommes pas seulement revenus dans les quatre localités qui avaient été évacuées: nous multiplions par deux et par trois la présence juive dans le nord de la Samarie», a-t-il déclaré, utilisant le nom israélien de la Cisjordanie occupée.