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Gaza : au moins seize personnes tuées dans les manifestations


Les manifestations de vendredi ont été durement réprimées par l'armée israélienne (Photo : AFP).

Le conseil des Nations Unies s’est réuni en urgence dans la nuit de vendredi à samedi. Seize manifestants ont été tués vendredi, lors des commémorations de la «Fête de la terre», référence à la confiscation des terres en 1976.

Certains endroits avaient des allures de champs de bataille, d’autres de pique-niques géants vendredi dans la bande de Gaza, où des dizaines de milliers de Palestiniens ont convergé vers la frontière avec Israël au premier jour d’une protestation de six semaines. Seize Palestiniens ont été tués et des centaines d’autres blessés aux abords de la barrière frontalière lorsque les rassemblements ont dégénéré en affrontements avec les forces de sécurité israéliennes, parmi les plus sanglants de ces dernières années.

Une même scène se répète: à chaque fois qu’un Palestinien est touché par un tir des forces israéliennes, des dizaines d’hommes s’empressent de le porter jusqu’à l’une des ambulances stationnées à proximité. Ces mêmes personnes retournent ensuite près de la frontière pour lancer des pierres en direction des soldats israéliens ou simplement observer ce qu’il se passe.

Dans sa riposte, la police israélienne a eu recours à une nouvelle tactique: un drone qui largue des gaz lacrymogène sur les manifestants. Saleh, 17 ans, peine à respirer et encore plus à parler après avoir inhalé du gaz. Le visage recouvert du traditionnel keffieh, il prend son élan et jette des pierres vers des soldats israéliens. Les deux amis qui l’accompagnent mettent le feu à des pneus avant de les faire rouler vers les soldats.

«Je reviendrai»

Parmi les manifestants tués vendredi, figure Mohammed Abou Amar, un artiste de la bande de Gaza connu pour faire des calligraphies dans le sable. Dans sa dernière publication sur Facebook, il a partagé une image assortie des mots suivants: «Je reviendrai», en référence au désir des réfugiés palestiniens de revenir sur la terre de leurs ancêtres qui ont été chassés ou ont fui lors de la guerre ayant suivi la création d’Israël en 1948.

L’armée israélienne a assuré que ces manifestations étaient une couverture pour des activistes qui voulaient selon elle forcer la barrière frontalière ou mener des attaques. Elle a indiqué avoir déployé d’importants renforts, notamment des snipers, à la frontière pour empêcher des infiltrations, et tient le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, pour responsable de ce qui s’est passé. Les Palestiniens ont de leur côté dénoncé un usage disproportionné de la force par Israël.

À l’arrière, une ambiance familiale
Mais alors que les heurts font rage près de la barrière, une tout autre atmosphère règne à quelques centaines de mètres: des milliers de Palestiniens, notamment des familles avec de jeunes enfants, campent dans une ambiance bon enfant, suffisamment loin de la frontière pour éviter les gaz lacrymogènes.

Certains dansent la traditionnelle dabkeh palestinienne pendant que d’autres interprètent des chants nationalistes. Plus loin, des centaines de volontaires distribuent de la nourriture et de l’eau alors que des vendeurs proposent café, thé ou falafels. Les enfants eux s’arrachent les pistaches enrobées de sucre.

Le chef du Hamas Ismaël Haniyeh, dont le mouvement est considéré comme terroriste par Israël, les Etats-Unis et d’autres pays, a rejoint les manifestants et joué au foot avec des jeunes. La manifestation de vendredi célébrait la «Journée de la Terre», qui commémore chaque 30 mars la mort en 1976 de six Arabes israéliens lors de manifestations contre la confiscation de terrains par Israël.

Elle marquait surtout le début de «la grande marche du retour» au cours de laquelle les Gazaouis vont camper pendant plus de six semaines près de la frontière avec Israël, au moment où les Palestiniens cherchent à faire pression après la décision des Etats-Unis de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël. Ahmed Saber, âgé de 80 ans, a pris place vendredi sous une tente. En 1948, pendant la guerre, sa famille a fui le village de Majdal, qui correspond aujourd’hui à la ville d’Ashkelon dans le sud d’Israël, non loin de la bande de Gaza.

«Ces tentes ressemblent aux tentes blanches qui avaient été dressées pour nous lorsqu’on nous a fait fuir», dit-il. Il tient dans sa main une clé qui, dit-il, ouvrait la porte de son ancienne maison. De nouvelles manifestations sont attendues ce week-end.

AFP

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