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Dans le Grand Est, « on fait de la médecine de catastrophe »


Le Grand Est est la région la plus touchée par le Covid-19 : elle compte 1 548 cas, selon les derniers chiffres de l'Agence régionale de santé. Les services hospitaliers ne sont pas loin d’être saturés. (Photo AFP)

« C’est dramatique, on fait de la médecine de catastrophe »: la cheffe des urgences à Sarreguemines (Moselle), tire la sonnette d’alarme dans la région la plus touchée par l’épidémie où les services de réanimation sont en surchauffe.

« C’est de la médecine de catastrophe pour nous. C’est une pandémie, une catastrophe à l’échelle planétaire », analyse, entre deux quintes de toux, Emmanuelle Seris, cette urgentiste de 40 ans, elle-même contaminée par le coronavirus, jointe par téléphone par l’AFP.

Déléguée de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) pour le Grand Est, elle décrit des services hospitaliers régionaux, notamment les urgences et les réanimations, « saturés » ou pas loin de l’être.

Région la plus touchée par le Covid-19, le Grand Est compte 1 548 cas, selon les derniers chiffres de l’Agence régionale de santé (ARS). Avec 688 cas et 30 décès, le Haut-Rhin est particulièrement touché par le virus, selon l’ARS. Principal foyer de contamination : Mulhouse, où plusieurs fidèles réunis pour un grand rassemblement évangélique ont été contaminés fin février avant de regagner leur domicile dans la région et partout en France, jusqu’en Guyane. « Mulhouse a été touché en premier », puis Strasbourg mais « ça a permis (…) à Colmar et à nous également d’anticiper », explique le docteur Seris.

Mais un mois après, en Alsace comme en Lorraine, les masques pour les soignants manquent et les « stocks de respirateurs » ne sont « pas extensibles »: « l’Italie en a commandé beaucoup, et on est un peu dans l’incertitude… »

Les premiers symptômes de la maladie trompeurs

Autre problème auquel les services hospitaliers doivent faire face : les personnels soignants eux aussi infectés, à l’image d’Emmanuelle Seris, confinée chez elle « depuis trois jours ». Sans compter que les premiers symptômes de la maladie peuvent être trompeurs, car elle « ne se manifeste pas forcément par une toux au début, ça peut être une simple pharyngite ou une simple rhinite, sans fièvre », explique-t-elle.

Le docteur Seris, qui croyait avoir ainsi au début une simple « rhinopharyngite », a vu « plein de patients » souffrant des mêmes symptômes lors de la semaine de travail qui a précédé son arrêt maladie. « Il n’y avait pas de fièvre, je ne me suis pas méfiée », explique-t-elle. « On s’est tous fait avoir (…) On ne s’est pas méfiés de ces cas-là au début, ce sont ceux-là qui nous ont complètement contaminés au début et qui font que ça se dissémine de façon extrêmement importante ». « Cette information, je ne l’avais pas eue, et nombre de mes collègues ne l’avaient pas eue » poursuit-elle, expliquant avoir « prévenu hier (lundi) des collègues de l’Est » qui ignoraient cette symptomatologie trompeuse. « C’est dramatique, on ne s’identifie pas comme porteur » car « l’aggravation ne vient que dans un second temps », insiste-t-elle. La conséquence : des patients qui s’ignorent et peuvent pendant plusieurs jours transmettre un virus « extrêmement contagieux ».

« On prépare les intubés de dans quinze jours »

En regardant la télévision, elle dit avoir été littéralement « affolée » ces derniers jours en voyant « les gens se rassembler dans les parcs » ou encore « les scènes d’afflux dans les supermarchés » sans aucune prise de distance entre les individus. En agissant ainsi, « on prépare les intubés de dans quinze jours », s’alarme-t-elle, estimant que ceux qui agissent ainsi sont « complètement inconscients ».

Elle salue les « mesures drastiques de confinement » annoncées lundi soir par Emmanuel Macron: « c’est la seule solution, on ne s’en sortira pas autrement », estime-t-elle.

Mais après cette crise sanitaire, il va falloir « mettre à plat » la réflexion sur l’hôpital public, qui sort à peine de plusieurs mois de crise sociale: « revoir les dotations, l’attractivité des carrières, l’accès aux soins sur l’ensemble du territoire… », énumère Emmanuelle Seris. L’hôpital public aurait probablement été « en difficulté pour un manque de respirateurs (…) parce qu’une pandémie de cette ampleur n’était pas prévisible », concède-t-elle. « Mais il y a un moment, c’est certain, il n’y a plus de marges de manoeuvre. Et ça, on le dit depuis des années. »

AFP

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