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L’ombre du passé

Est-ce vraiment une surprise? Les sondages disaient que l’AfD caracolait en tête des intentions de vote depuis des mois en Saxe-Anhalt. Dimanche, le parti d’extrême droite allemand a donc converti ces prédictions en réalité. Provoquant un séisme. Les résultats sont sans appel pour les autres partis : le nouveau venu sur la scène politique d’Outre-Moselle recueille un peu plus de 43 %. Reste à savoir comment l’AfD va gouverner sans une majorité absolue et sans l’aide d’un parti de coalition pour assumer la direction de ce Land de l’ex-Allemagne de l’Est.

L’unification a eu lieu il y a maintenant 36 ans, mais il existe encore deux Allemagnes qui ont eu bien du mal à s’apprivoiser. Deux sociétés, deux mondes qui étaient séparés par un mur, ne peuvent se mêler et s’accorder en un seul coup de baguette magique. Malgré les milliards de Deutsche Mark puis d’euros déversés pour tenter de transformer les territoires de l’ancienne Allemagne de l’Est, les difficultés sont toujours là. Le chômage dans ces Länder est par exemple beaucoup plus élevé qu’à l’Ouest (8 % contre 6 %), avec toutes les conséquences socioéconomiques que cela implique. Les disparités n’ont donc pas été gommées alors que le pays est aujourd’hui confronté à une violente crise économique née notamment des sanctions contre la Russie à cause de l’invasion en Ukraine et des péripéties géopolitiques en cascade. La crise migratoire gérée par la chancelière Merkel a aussi provoqué des remous, c’est peu de le dire, au sein de toute la population allemande tentée de se tourner vers des partis évoquant un retour à l’«ancienne Allemagne» et nous ne parlons pas uniquement ici de l’Allemagne des années 1990. Car certains membres de l’AfD ne s’en cachent pas, il y a une tentation de se raccrocher au passé nazi du pays. Un révisionnisme sous la forme du slogan «c’était mieux avant» qui séduit une partie de l’électorat prêt à pardonner les pires sorties verbales des membres du parti.

Les plus fervents opposants de l’AfD voient avec crainte l’arrivée de ce parti populiste réaffirmant un nationalisme sans tabou qui avait disparu du pays à l’après-guerre. Vers où va nous mener cette dérive? L’Europe peut se poser la question. Et s’inquiéter alors qu’en France une autre extrême droite, qui a lissé son discours, tente de prendre le pouvoir également.

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