Accueil | Editoriaux | Des cigales et des cinglés

Des cigales et des cinglés

L’affaire a défrayé la chronique chez nos voisins français. Cet été, le maire du Beausset, dans le Var, a reçu des plaintes de vacanciers furieux. Leur séjour était perturbé par des voisins très bruyants qui ne cessaient de les déranger tous les jours : les cigales. Ces touristes ont demandé au premier magistrat s’il n’avait pas d’insecticide à vaporiser sur les arbres afin de faire taire définitivement ces maudites bestioles. Le maire n’a évidemment rien fait. Il a seulement levé les yeux au ciel et haussé les épaules.

Les vacanciers ont alors décidé de passer aux choses sérieuses et d’annihiler eux-mêmes les insectes autour de leur lieu de location estivale grâce à un produit chimique. Après ce geste écolo et respectueux de la faune locale, les touristes ont pu enfin faire des siestes ou discuter autour d’un verre lors de l’apéro sans être dérangés… avant de repartir chez eux quelques semaines plus tard. Navrant.

Mais, il existe d’autres histoires de ce type. Il y a deux ans, un couple de Parisiens s’est rendu à la gendarmerie de Carry-le-Rouet, village touristique près de Marseille, pour porter plainte pour «nuisances» contre ces fameuses cigales. Les gendarmes l’ont convaincu de ne pas engager de poursuites. Ouf.

Et il n’y pas que les cigales dans le collimateur de certains touristes. Ces démarches rocambolesques se déclinent aussi pour les cloches des églises qui sonnent bien trop souvent ou encore pour les clarines des vaches qui font trop de bruit autour des gîtes d’alpage. Bientôt, certains touristes découvriront qu’il y a des poissons dans la mer et iront, scandalisés, demander des comptes à la mairie la plus proche.

Évidemment, tous ces comportements extrêmes restent anecdotiques mais éclairent sur les dérives de nos sociétés individualistes où notre bonheur sans tache doit primer sur tout… où que nous soyons et malgré le monde qui nous entoure. Une déviance qui transforme les lieux touristiques en parcs d’attractions où tous, et même les «autochtones», doivent se plier aux moindres désirs des visiteurs pour leur assurer un séjour inoubliable. Vivement la fin des vacances…

Laurent Duraisin

PUBLIER UN COMMENTAIRE

*

Votre adresse email ne sera pas publiée. Vos données sont recueillies conformément à la législation en vigueur sur la Protection des données personnelles. Pour en savoir sur notre politique de protection des données personnelles, cliquez-ici.