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BoJo dans son meilleur rôle

Boris Johnson a fait son cinéma dans l’affaire du «partygate», servant ses mensonges éhontés sur un plateau. Presque pas gêné. Après tout, les restrictions sanitaires et confinements stricts, c’était seulement pour le bas peuple, non? Dans les hautes sphères de Downing Street, l’on pouvait bien festoyer en toute impunité. La preuve, il est toujours Premier ministre malgré les scandales à répétition, les rapports accablants et un vote de défiance au Parlement.

Acteur studieux, Boris Johnson a ensuite enfilé le costume du héros à la Churchill, prenant son plus bel accent shakespearien pour faire beau jeu dans la tragédie ukrainienne. On le retrouve à présent dans son meilleur rôle, celui qui l’a porté sur le devant de la scène britannique : le populiste. Le seul surtout, où il se révèle véritablement sincère. Mais cette fois, le clown débraillé n’amuse pas la galerie et verse dans un registre nettement moins comique avec ce projet indigne d’expulsions de migrants en Afrique de l’Est. Le scénario? Les exilés iraniens, irakiens ou syriens qui traversent la Manche depuis Calais pour rejoindre illégalement les côtes anglaises sont embarqués à bord d’un charter pour être envoyés au Rwanda, selon un accord passé avec ce dernier. Mauvais film à gros budget : 120 millions de livres (140 millions d’euros) financés par Londres dans un premier temps.

Le premier vol était prévu mardi soir et il a fallu que la Cour européenne des droits de l’Homme se saisisse de l’affaire pour empêcher son décollage in extremis. Un rebondissement qui ne décourage pas BoJo et ses figurants, bien décidés à ne pas rester sur une fin aussi peu spectaculaire. «Les préparatifs pour les prochains vols ont déjà commencé», a fièrement annoncé la ministre de l’Intérieur, Priti Patel, en guise de teasing. Le casting gouvernemental s’illustre ainsi dans l’outrance. Liz Truss, la cheffe de la diplomatie, ne comprend pas en quoi sa politique migratoire est jugée immorale et honteuse. Peu importe si la critique l’étrille, des Nations unies à l’Église anglicane. Même le prince Charles, en privé, aurait fait part de son émoi et de sa consternation. Une telle prestation ne peut en effet laisser personne indifférent.

Alexandra Parachini

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