La Banque centrale européenne a relevé ses taux jeudi, première parmi ses grandes homologues dans le monde à répondre au regain d’inflation lié au conflit au Moyen-Orient, au risque de pénaliser une économie en zone euro déjà essoufflée.
La BCE a aussi appuyé sa décision sur la base de nouvelles projections économiques pour la zone euro, ajustées par rapport à celles de mars pour tenir compte d’un conflit au Moyen-Orient qui s’éternise.
Les prévisions d’inflation ont été relevées pour 2026 et 2027, respectivement à 3 % et 2,3 %, avant de voir l’agrégat redescendre à 2 % en 2028. L’économie de la zone euro devrait croître légèrement moins que prévu, de 0,8 %, contre 0,9 % prévu précédemment, en mars. En 2027, la croissance devrait aussi être moins élevée que prévu, à 1,2 % au lieu de 1,3 %.
L’institution se devait de réagir afin d’«envoyer le signal aux marchés financiers, mais aussi aux entreprises et aux ménages, que l’institution surveille de près la dynamique de l’inflation», expliquait avant la réunion Dirk Schumacher, chef économiste à la banque publique KfW.
Soucieuse de ne pas répéter son erreur de 2022, à savoir une réaction jugée tardive face à la poussée d’inflation liée à la guerre russe en Ukraine, la BCE a cherché à éviter toute critique a posteriori de son timing, après avoir achevé son dernier cycle de hausses en septembre 2023.
En relevant ses taux, la BCE renchérit le crédit, ce qui freine la consommation et l’investissement. L’objectif est de ralentir la demande pour contenir la hausse des prix.
Moment inopportun
Or cet empressement à agir contraste avec d’autres grandes banques centrales occidentales, également confrontées à un net regain d’inflation et qui semblent plus enclines à se donner du temps avant de resserrer la vis monétaire.
Nombre d’économistes ont jugé le moment mal choisi pour de nouveau durcir la politique monétaire en zone euro, dont le PIB a reculé de 0,2 % au premier trimestre, pénalisé par une correction d’ampleur sur l’Irlande, tandis que les effets de la guerre vont peser sur le trimestre en cours.
Cette décision «risque d’amplifier la contraction de l’activité» tout en s’avérant «inefficace pour baisser l’inflation» qui repose sur une hausse des prix de l’énergie importée, estime Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management.
«Même si le blocage du détroit d’Ormuz devait être levé dans un avenir proche, une nouvelle hausse des taux directeurs au cours de l’année resterait appropriée. Mais cela devrait ensuite s’arrêter là», selon Ulrich Kater, économiste chez DekaBank.