SÉRIE Sombre, mordante et politique : la série Paolo, sur HBO Max, raconte les retrouvailles ambiguës de deux hommes de classes sociales opposées, sur fond de thriller haletant.
Dans la ville française de Roisson, qui n’a de fictif que le nom tant l’univers de la région champenoise et de ses «aristocrates de la vigne» est réaliste, Paolo Da Costa, déménageur de piano, croise la route de Téophane Tolbiac, un ancien camarade d’école, brillant écrivain revenu se présenter aux élections municipales de la ville. Le face-à-face entre Paolo et Téophane, interprétés respectivement par Jérôme Niel et Yoann Gasiorowski, se transforme rapidement en une fascination dévorante du premier pour le second, entre désir énigmatique et angoisses de classe.
Réalisateur et coscénariste de la série avec Juliette Soubrier, Sébastien Marnier, 48 ans, reprend là la «trame» et l’«architecture» de son premier roman, Mimi, publié chez Fayard en 2011. Paolo est une «variation» plus qu’une «adaptation» de cette histoire «qui m’habitait encore pas mal», explique Sébastien Marnier, qui a réalisé la série Les Enfants sont rois (2024), sur le kidnapping d’une petite fille star des réseaux sociaux, ou le film Irréprochable (2015), un thriller psychologique dans le monde du travail. Construite en sept épisodes, la série produite pour HBO Max est diffusée sur la plateforme au rythme d’un épisode par semaine.
Traîtrise et non-dits
«Ça faisait longtemps que j’avais envie de faire une fiction qui se passe dans une arène politique à une échelle locale», explique Sébastien Marnier. La série est en partie inspirée de sa propre vie, son père était élu local et les discussions politiques «un ciment» des relations familiales. «On ne parlait que de ça», confie-t-il. «L’ayant vécu de l’intérieur (…) c’est une arène fascinante (avec) tout ce qu’il y a de pathétique et de traîtrise.»
Évoquant le cinéma de Claude Chabrol, dans sa manière de critiquer la bourgeoisie provinciale, ses zones d’ombre et ses non-dits, la série instaure dès le premier épisode (diffusé vendredi) une tension qui va ensuite crescendo, de même que la violence et l’étrange qui s’y invitent. Paolo est «politique en soi», dans sa manière de raconter «l’obstination d’un personnage principal qui a envie d’accéder à (une nouvelle) classe sociale», ajoute Sébastien Marnier. Mais le réalisateur a aussi profité du «format sériel» pour «creuser l’âme humaine beaucoup plus profondément» que l’aurait permis un long métrage. À l’image de la relation entre les deux hommes, «complexe et qui vient aussi questionner la masculinité, la virilité», poursuit-il.
«Écriture tentaculaire»
Autour du binôme principal, la série s’autorise des intrigues secondaires et prend le temps de développer d’autres personnages, portés entre autres par Magalie Lépine-Blondeau, Guslagie Malanda et Marie Oppert. Cette dernière, comme Yoann Gasiorowski, est issue de la troupe de la Comédie-Française.
«C’est tellement éclectique, tellement riche», s’enthousiasme Jérôme Niel, pour la première fois dans un premier rôle à contre-emploi. «La série s’appelle Paolo mais c’est finalement une écriture assez tentaculaire», avec «tous les personnages qui gravitent autour de lui». Révélé au grand public en tant que comique et vidéaste dans un registre d’abord humoristique, notamment auprès de Canal+ et du collectif Studio Bagel, l’interprète de Paolo transite vers un registre plus sombre. «Je n’attends que de la nouveauté, de sortir de ma zone», affirme-t-il.
La tension et l’ambiguïté constantes de la série n’empêchent pas une certaine ironie, travaillée notamment dans les transitions et les compositions de plan, une marque de fabrique des séries HBO américaines.
Paolo,
de Sébastien Marnier. HBO Max.