LITTÉRATURE Près de 160 personnalités du monde de la culture ont dénoncé mercredi la fin de la distribution des livres de l’écrivaine irlandaise Sally Rooney au Royaume-Uni, liée à son soutien au groupe proscrit Palestine Action.
«Sally Rooney est une écrivaine, pas une terroriste», écrivent les 160 signataires d’une courte lettre ouverte publiée sur le site de la revue britannique The New Statesman. Parmi eux figurent de grands noms de la littérature mondiale, tels que la poétesse canadienne Anne Carson, dernière lauréate du prix Nobel, la Française Annie Ernaux, le Britannique Julian Barnes, l’Indienne Arundhati Roy et l’Irlandais Colm Tóibín. La tribune rassemble également plusieurs visages du cinéma et de la télévision, à commencer par Paul Mescal et Daisy Edgar-Jones, révélés par l’adaptation du bestseller de Sally Rooney, Normal People, l’actrice Tilda Swinton ainsi que le réalisateur Jonathan Glazer.
Ces personnalités réagissent à l’annonce la semaine dernière de l’arrêt de la vente des ouvrages de Sally Rooney au Royaume-Uni, conséquence de son soutien au groupe interdit Palestine Action. Cette organisation propalestinienne a été classée comme «terroriste» au Royaume-Uni en juillet 2025 par le gouvernement travailliste, à la suite d’actes de vandalisme perpétrés sur une base de l’armée de l’air. Dès lors, tout soutien financier ou matériel au mouvement est prohibé. Or, l’autrice avait annoncé en août 2025, dans une tribune publiée par The Irish Times, son intention de lui reverser une partie de ses droits d’auteur, y compris les redevances issues des adaptations télévisées de ses romans.
Bras de fer judiciaire
Dans leur texte, les signataires dénoncent une mesure «fondée sur une législation antiterroriste mal conçue et draconienne» qui constitue selon eux «une atteinte aux principes fondamentaux de la liberté d’expression, si longtemps tenus pour acquis dans ce pays». «Nous rejetons catégoriquement la censure, qu’elle soit directe ou indirecte», écrivent-ils encore, appelant le gouvernement du travailliste Andy Burnham à «changer de cap, en modifiant la législation qui nous a conduits à ce point d’absurdité répressive».
Depuis l’interdiction de Palestine Action, plus de 3 700 personnes ont été interpellées lors de manifestations de soutien, selon le collectif Defend Our Juries. La cofondatrice de Palestine Action, Huda Ammori, s’est lancée dans un bras de fer judiciaire avec le gouvernement pour faire annuler l’interdiction. Une audience est prévue début novembre devant la Cour suprême britannique.