Accueil | Culture | [Musique] Miles Davis et John Coltrane, un héritage immortel

[Musique] Miles Davis et John Coltrane, un héritage immortel


Terence Blanchard et Ravi Coltrane refusent de copier leurs modèles, ils entendent les réinterpréter avec leur propre voix. (Photo : afp)

À l’occasion du centenaire de la naissance de Miles Davis et de John Coltrane, le trompettiste Terence Blanchard et le saxophoniste Ravi Coltrane entreprennent une tournée hommage.

Les notes stridentes d’All Blues de Miles Davis s’envolent vers la voûte d’une salle de concert en Pologne en hommage à ce géant du jazz ainsi qu’au saxophoniste John Coltrane, nés, tous les deux, il y a cent ans. La scène, baignée de lumières violettes et turquoise, accueille le trompettiste américain Terence Blanchard et le saxophoniste Ravi Coltrane, fils de John Coltrane qui a joué pendant des années avec Miles Davis. Le concert de Wroclaw, dans le sud de la Pologne, fait partie d’une tournée d’hommage qui culminera par un grand crescendo au mythique Grand Rex à Paris.

Ensemble, Miles Davis et John Coltrane ont notamment signé, en 1959, l’album Kind of Blue, considéré par de nombreux critiques comme le meilleur disque de jazz jamais enregistré. Avant le concert de Wroclaw, Ravi Coltrane évoque l’héritage du sang et de la musique : «Si vous rendez hommage à quelqu’un (…), on pourrait supposer que vous allez imiter son style», confie-t-il. Mais «la chose difficile à faire, mais aussi la plus gratifiante, c’est de trouver notre propre manière personnelle d’aborder cette musique», ajoute-t-il.

L’impact de l’héritage de son père est constant – son nom entraînant d’emblée toute une série de comparaisons. Mais Coltrane s’efforce depuis longtemps d’honorer sa mémoire précisément en traçant sa propre voie dans le genre. «Leur rendre vraiment hommage, ce n’est pas les copier, mais plonger dedans et essayer de trouver nos propres voix au sein du répertoire qu’ils jouent», ajoute-t-il.

Rester soi-même

Sans lien de sang avec Miles Davis, Terence Blanchard – comme tout trompettiste de jazz – est influencé par cette légende. À l’instar de Coltrane, il reconnaît cependant que le meilleur hommage est de jouer en restant lui-même. «La chose la plus simple, et en même temps la plus difficile, serait de monter sur scène et d’essayer de jouer comme Miles Davis», dit-il, laissant entendre que toute imitation exacte ne rendrait pas justice à Davis ni au monde qui l’entourait.

«On ne peut pas recréer l’époque dans laquelle ces choses ont émergé», ajoute-t-il, faisant référence aux bouleversements sociaux et politiques des années 1960. «Il y avait beaucoup de souffrance dans le monde», dit-il, et Davis et Coltrane «n’ont pas détourné le regard de cela». «La musique en est le reflet», insiste ce quintuple lauréat d’un Grammy Award.

Une bière à la main, Ravi Coltrane confie que c’est Terence Blanchard qui est allé le voir avec l’idée d’un hommage commun – une proposition qu’il aurait sans doute refusée autrement. «C’est probablement le seul avec qui j’aurais accepté de faire cela», dit-il en se rappelant leurs premières rencontres dans les années 1990 à New York, où il s’était installé pour lancer sa carrière.

À l’époque, Terence Blanchard se faisait connaître en solo grâce à ses premières bandes originales pour les films de Spike Lee, comme Jungle Fever (1991) ou Malcolm X (1992). Sa collaboration avec le réalisateur new-yorkais se poursuit encore aujourd’hui, cumulant près d’une vingtaine de films, dont le plus récent, un documentaire en trois parties sur l’ouragan Katrina sorti en 2025 sur Netflix.

Influence parisienne

À l’approche du concert au Grand Rex, Coltrane et Blanchard reviennent sur l’influence qu’a eue Paris sur leurs mentors, sur eux-mêmes et sur le jazz en général. Cette ville «a toujours occupé une place particulière dans mon cœur», assure ce dernier, faisant allusion à ses racines à La Nouvelle-Orléans. Depuis ses débuts dans les années 1980 au sein des Jazz Messengers, l’orchestre d’Art Blakey qui fut l’un des groupes phares du label Blue Note, Terence Blanchard y a souvent joué, écumant les clubs et salles de concert dédiées au jazz, comme le New Morning.

Miles Davis a lui-même passé beaucoup de temps dans la capitale française, y donnant des concerts, y enregistrant la bande originale du classique du film noir Ascenseur pour l’échafaud (Louis Malle, 1958) et – comme beaucoup de gens de sa génération – y cherchant refuge face aux discriminations raciales aux États-Unis. Sa passion amoureuse avec Juliette Gréco dans le Paris des années 1950 est entrée dans la légende. «Présenter ce spectacle là-bas, compte tenu de la relation de Miles avec Paris, est quelque chose de très fort et de très important pour moi», ajoute Terence Blanchard.

Pour Ravi Coltrane, le concert est l’une des nombreuses célébrations du travail de son père, de sa mère, la harpiste et pianiste Alice Coltrane, et de la myriade d’autres mentors et musiciens avec lesquels il a joué et dont il a appris tout au long de sa carrière. «En réalité, nous rendons hommage à ces artistes tous les jours», note-t-il, «chaque fois que nous prenons nos instruments, d’une certaine manière, nous rendons hommage et honorons les hommes et les femmes qui nous ont menés jusqu’ici». «Ça ne disparaît jamais», ajoute-t-il.

Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.