MUSIQUE/SÉRIE Rentrée chargée pour le Britannique Tom Hardy, qui rempile en homme de main glacial dans la saga criminelle MobLand… et sort un album de rap abrasif sous le nom de Frankie Pulitzer.
Créée par l’auteur de polars irlandais Ronan Bennett, produite par l’inarrêtable Guy Ritchie, la série MobLand raconte les déboires sanglants du clan Harrigan, dont le règne sur l’«underworld» londonien est mis à mal par une famille rivale, les Stevenson. La série est aussi un formidable terrain de jeu pour son trio de stars, Tom Hardy en tête.
Dans la saison 2, qui débute vendredi sur Paramount+, il reprend le rôle de Harry Da Souza, fidèle homme à tout faire des Harrigan, qui exécute les sales boulots sans poser de questions et autour duquel se déchaîne le chaos. À travers ce héros glacial et laconique qui connaît trop bien les petits secrets de la famille, MobLand réinvente le film de gangsters à l’anglaise : ce sont les liens du sang qui sont scrutés et que l’on voit se déliter à coups de couteau dans le dos (métaphoriques) et de corps tronçonnés (littéralement).
Surtout, derrière les apparences, il s’agit de bousculer le patriarcat dans ce genre typiquement masculin : les hommes, ici, sont de dangereux pervers (Conrad, le patriarche interprété avec une élégance terrifiante par Pierce Brosnan), des frustrés paranoïaques (Kevin, le fils Harrigan joué par Paddy Considine) ou, à l’image de Harry, de profonds angoissés qui espèrent arriver au bien tout en faisant le mal. Derrière eux, donc, les femmes sont celles qui dirigent réellement, à commencer par Maeve (Helen Mirren), la matriarche, et Seraphina (Mandeep Dhillon), la fille illégitime de Conrad, plus courageuse et intelligente que le reste du clan.
Au milieu de ce bazar, Harry Da Souza tente maladroitement de réparer ses torts, lui qui est tiraillé entre deux familles, celle qui le met avant ses propres enfants et celle dans laquelle il est un père aimant autant qu’absent. C'est peut-être le plus beau rôle de Tom Hardy jusqu’ici, puisqu’il invoque la même cruauté que quelques-uns de ses personnages phares (Bronson, les frères Kray, Al Capone) tout en essayant de panser ses blessures. Mais l’acteur a déjà glissé que, dans les nouveaux épisodes, Harry serait «plus imprévisible»…
«Tempête dans un verre d'eau»
L’acteur, qui dit aller «beaucoup mieux» aujourd’hui, a pourtant failli subir un revers professionnel en juin, quand des rumeurs rapportaient un comportement «instable» sur le plateau de la saison 2 de MobLand, dont des accrochages avec les deux autres stars de la série ainsi qu’avec le scénariste et producteur Jez Butterworth. Selon les mêmes rumeurs, Tom Hardy ne devait pas rempiler pour une troisième saison. La polémique avait enflé lorsque, en mai dernier, Helen Mirren avait été prise à partie dans les rues de Londres par un militant pro-palestinien assurant que cette éviction était liée au soutien répété de Tom Hardy pour la Palestine.
Mirren, qui entretient avec Israël des liens amicaux et artistiques depuis longtemps, n’a pas porté plainte, a dénoncé les «forces du mal» au pouvoir en Israël, qui commettent des «crimes contre l’humanité» et exprimé son soutien à Tom Hardy. En marge du tapis rouge de MobLand à Londres le 10 septembre, où les trois acteurs sont apparus ensemble, Pierce Brosnan et Helen Mirren ont réitéré leur soutien «inconditionnel» à leur partenaire de jeu. «C’était une tempête dans un verre d’eau», a résumé l’ex-James Bond au Hollywood Reporter, ajoutant : «Il est le centre (de la série). C’est lui qui nous permet de jouer ces personnages déjantés.» Tom Hardy fera bien son retour dans la saison 3, qui a reçu le feu vert du studio début septembre.
Sous la cagoule de Frankie
L’imaginaire du crime est prégnant dans la musique rap, mais de là à imaginer l’interprète de célèbres gangsters faire bouger la tête sur des grooves rugueux et un flow technique et menaçant typiques du rap new-yorkais… C’est pourtant bien Tom Hardy qui se cache sous l’alias et la cagoule de Frankie Pulitzer, dont le premier album, en commun avec le groupe Czarface, est sorti fin août.
«On me confond avec des stars d'Hollywood, c’est bizarre», rappe «Face Puller», un autre de ses surnoms, qui feint l’anonymat tout en disséminant des indices au détour d’une rime. Les références au cinéma pleuvent dans les textes du rappeur, qui cite des acteurs (Nicolas Cage, Willem Dafoe, Leonardo DiCaprio…) et se permet au détour d'un «ego trip» une blague drôlement crasse à la Eminem sur Kathy Bates, l’actrice oscarisée de Misery. Dans Grim-Visaged War, il conclut le morceau en récitant un monologue de Shakespeare avec la voix de Bane, l’ennemi de Batman qu’il jouait dans The Dark Knight Rises (2012), et il se taille la part du lion sur le bien nommé Frankie, entre autres temps forts de l'un des meilleurs albums rap de cette fin d'été.
C’est ainsi qu’après des albums collaboratifs avec des piliers du rap new-yorkais (MF Doom, Ghostface Killah, Kool Keith), le trio iconique qui réunit le duo producteur-rappeur 7L & Esoteric et Inspectah Deck du Wu-Tang Clan ajoute avec Czarface Meets Frankie Pulitzer un nouveau classique (et l’un de ses meilleurs) à une discographie déjà généreuse.
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