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[Exposition] Des histoires sans fin


Séverine Peiffer plonge le visiteur dans un univers entre nature morte et contes morbides. (Photo : DR)

«Dead End Stories» ouvrira ses portes, ce jeudi, à la galerie Beim Engel, à Luxembourg. L’occasion pour six artistes de présenter leurs histoires à travers le côté le plus sombre de l’être.

C’est à l’initiative de l’artiste luxembourgeoise Anne Lindner que six artistes ont décidé d’investir la galerie Beim Engel, à Luxembourg, pour y révéler les démons qui les habitent et qui hantent l’être humain depuis sa création. De la mort à la peur, des êtres maléfiques à la solitude, chacun avec sa technique explore la face cachée de notre existence.

Anne Lindner, connue pour son travail sombre et cauchemardesque, a choisi d’inviter cinq artistes à la rejoindre pour une exposition sur la noirceur de l’être et ses questionnements sans fin. Réunis autour de thématiques omniprésentes dans l’histoire de l’art que sont les peurs, les angoisses, le temps ou la mort, tous ont choisi d’y répondre avec leur propre langage, à travers leur propre histoire. «Anne nous a choisis, car nos travaux résonnent bien ensemble, mais ce que nous proposons, ce sont autant d’histoires personnelles. Ce sont des travaux très intimes que nous présentons, qui touchent pour la plupart à notre propre questionnement», explique Séverine Peiffer, l’une des artistes présentés.

Ainsi, la galerie devient un véritable théâtre, mettant en scène l’obscurité de nos êtres, chaque pièce devenant comme un cabinet de curiosités. Ce sont les photographies de Séverine Peiffer qui nous accueillent dans un univers entre nature morte et contes morbides. Il y a de la noirceur dans ses images, qui chacune nous raconte une histoire bien singulière. Réalisées avec la technique ancienne du collodion humide, elles imposent l’imperfection de la chimie, reflétant notre existence. «Je me suis toujours beaucoup intéressée à la psychanalyse, aux mythes et aux contes qui construisent ce que nous sommes. Pour cette série très personnelle, j’ai choisi de mettre en scène mes propres états d’âme et mon propre mal-être», raconte l’artiste.

Le spectateur est ainsi accueilli par un crâne en proie à une main le surplombant. Elle soumet à l’ironie le mythe de Sisyphe, non pas le châtiment que nous connaissons qui l’obligea à pousser chaque jour une pierre qui ne cessera de redescendre avant d’atteindre son but, mais bien la raison de celui-ci, lorsqu’il a voulu tromper la mort et rendre l’humanité immortelle. Au-delà de la mort, elle s’interroge également sur la place de la femme dans la société et les rôles attribués dès le plus jeune âge à travers les contes de fées.

Exploration de nos pires cauchemars

Wolfgang Keller, quant à lui, propose d’explorer l’univers sombre des Fleurs du mal, de Charles Baudelaire, en réalisant des gravures représentant le poème Le Vin de l’assassin. C’est un univers sombre et foutraque qu’il propose, une expérience aux frontières du mal.

De son côté, Anne Lindner prend la figure du fil rouge de l’exposition en exposant ses œuvres réalisées en couches successives de cire tout au long de l’exposition. Sorte de représentations de nos pires cauchemars, ses tableaux font surgir d’étranges créatures, organiques et mystiques à la fois. Elle révèle ses propres peurs, étale les couches de croyances qui se succèdent pour révéler toute la dualité de l’homme moderne.

Reiny Rizzi-Gruhlke travaille elle aussi la cire, mais place l’humain au centre de son œuvre. Un étrange personnage, paisible, presque rêveur, entouré de créatures que l’on dit nuisibles, tels les cafards, les corbeaux, les poulpes… C’est dans le contraste entre la douceur de la cire et la noirceur de ses créatures qu’elle révèle ses propres angoisses.

Désirée Wickler a un travail plus frontal, figuratif, presque naïf. Dans ses larges dessins, elle crée un monde dans lequel se côtoient la réalité de l’humain et ses pires angoisses, juxtaposant les différents éléments conscients ou inconscients qui constituent un être. C’est avec les œuvres de Stéphanie Uhres que nous terminons le voyage à travers ces histoires sans fin. Avec ses peintures et dessins extrêmement réalistes, c’est dans un tout autre monde qu’elle nous entraîne, où la lumière et la couleur cachent en réalité la plus grande solitude et l’impossibilité de l’infini.

Mylène Carrière

Galerie Beim Engel – Luxembourg.

Vernissage à 18 h. Jusqu’au 21 mai.

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