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[Cinéma] «Ramayana» : le blockbuster indien à l’assaut du monde


(Photo : sony pictures)

Comparé aux grosses productions américaines, Ramayana, film de tous les superlatifs, débarque sur les écrans avec un objectif : placer Bollywood sur la carte du cinéma mondial. Découverte. 

Présentée comme la plus grosse production du cinéma indien, comparable à The Lord of the Rings ou à Star Wars, l’épopée Ramayana : Rise of a Legend est sorti jeudi sur les écrans du monde entier, à la conquête d’un public international. Le film, en gestation depuis plus d’une décennie, réunit des spécialistes des effets spéciaux oscarisés et certains des plus grands noms du cinéma indien. «Des gens du monde entier ont travaillé sur ce projet», souligne l’acteur superstar de Bollywood Ranbir Kapoor, l’une des vedettes du casting.

Ce film à grand spectacle adapte l’épopée fondatrice de l’hindouisme, le Ramayana, qui raconte le combat du prince Rama pour secourir sa femme Sita enlevée par le roi des démons, Ravana. Transmis par tradition orale, ce poème épique a fait l’objet de plusieurs versions écrites au cours des siècles. L’acteur Yash, autre star du cinéma indien, incarne Ravana dans ce long métrage aux scènes de combat spectaculaires, débordant d’effets spéciaux numériques, avec éléphants volants et diables gigantesques.

L’histoire, l’ampleur et le côté spectaculaire du film sont de nature à attirer un public mondial

Des effets visuels réalisés par le groupe DNEG, basé à Londres et dirigé par le producteur indien Namit Malhotra. Ce studio a récolté au total huit Oscars pour son travail sur des films comme Inception et Dune. Le film, qui existe en deux versions, l’une en hindi et l’autre en anglais, a été mis en musique par les compositeurs Hans Zimmer et A. R. Rahman, également oscarisés. Prévu en deux parties – la seconde est annoncée pour 2028 – il a un budget estimé à 420 millions de dollars (plus de 500 millions d’euros). «C’est la plus grande production de l’histoire du cinéma indien», s’enorgueillit Namit Malhotra.

«L’histoire, l’ampleur et le côté spectaculaire du film sont, je pense, de nature à attirer un public mondial», dit-il. Dominé par Bollywood, le cinéma indien produit environ 2 000 films par an et étend progressivement son rayonnement international, favorisé notamment par un accès croissant aux productions de Bollywood sur les plateformes de streaming comme Netflix et Amazon Prime Video. Réalisé par Prime Focus Studios, société de Namit Malhotra basée à Bombay, et par Monster Mind Creations, la société de l’acteur Yash, avec Sony Pictures comme distributeur international, le film délaisse certaines caractéristiques traditionnelles de Bollywood comme les séquences de chant et de danse.

(Photo : sony pictures)

Mais nombre de ses ingrédients essentiels – mélodrame, histoire d’amour et action, aux côtés de paysages à couper le souffle – sont bien là. «C’est une narration très originale d’une histoire très originale venue d’Inde, et elle ne fait aucun compromis à cet égard. Elle reste authentiquement indienne», estime Namit Malhotra. Pour le réalisateur Nitesh Tiwari, «il y a une certaine forme d’intemporalité dans les émotions et les valeurs que le Ramayana porte, et c’est exactement ce que nous voulions transmettre au reste du monde». L’actrice Sai Pallavi incarne Sita, personnage intrépide et combatif. Comme d’autres membres du casting, elle a dit ressentir une lourde responsabilité dans son rôle, tant de nombreux Indiens entretiennent «un lien très personnel avec ces personnages».

Ramayana : Rise of a Legend, de Nitesh Tiwari.
Actuellement en salles.

Le Ramayana : de l’épopée hindoue au film le plus cher de l’histoire de Bollywood

Un budget record pour une épopée mythique en mondovision : le film Ramayana : Rise of a Legend, retrace en deux parties l’une des légendes les plus fameuses de la religion hindoue, que les plus enthousiastes comparent déjà à la récente Odyssée du réalisateur Christopher Nolan. Son tournage, réalisé avec l’appui de l’IA pour synchroniser son doublage en quarante langues, a coûté quelque 420 millions de dollars. Voici ce qu’il faut retenir de ce film.

Que raconte-t-il?

Attribué au poète sanskrit Valmiki, le Ramayana retrace la quête du prince Rama, parti sauver sa femme Sita des griffes du roi démon Ravana, avec son frère Lakshman et le dieu singe Hanuman. Cette épopée composée au Ve siècle avant notre ère a été réinterprétée au fil des temps dans toute l’Asie du Sud et du Sud-Est. Rama est resté de nos jours l’un des héros favoris des Hindous, qui le révèrent comme une réincarnation du dieu Vishnou.

Un prince très politique

Le nom du prince est également associé à une controverse politique très contemporaine. Des militants ultranationalistes hindous ont détruit en 1992 une mosquée construite au XVIe siècle dans la ville d’Ayodhya (nord), sur ce qu’ils considéraient être le palais de Rama. L’opération est à l’origine de longues années de violences meurtrières en Inde, qui ont causé la mort d’au moins 2 000 personnes pour l’essentiel issues de la communauté musulmane. En 2019, la Cour suprême indienne a validé la construction sur le site d’un temple à la gloire de Rama, inauguré en grande pompe par le Premier ministre Narendra Modi en 2024 avant les élections générales qui l’ont reconduit au pouvoir.

Un phénomène télévisuel

Déjà adapté à maintes reprises sur de nombreux supports, le Ramayana a donné lieu à une série télévisée à succès diffusée à la fin des années 1980 par la chaîne publique Doordarshan. À une période où les représentations visuelles de Rama restaient rares, le feuilleton a été suivi avec passion par des millions d’Indiens. Au point que certains experts politiques lui attribuent une partie au moins du succès des nationalistes hindous. L’incarnation politique du mouvement, le Bharatiya Janata Party (BJP) de Narendra Modi, ne comptait que deux députés à la chambre basse du Parlement en 1984. Sa représentation y est passée à 85 élus en 1989 et 120 en 1991, quand la question d’Ayodhya est devenue d’importance nationale en 1991.

Au-delà de l’Inde

Le Ramayana a inspiré de nombreuses légendes et épopées bien au-delà de la seule péninsule indienne et dans de nombreuses langues comme le tamoul, le bengali, le khmer ou encore l’indonésien. Le récit et ses personnages apparaissent dans des danses, des pièces de théâtre ou des spectacles de marionnettes jusqu’en Thaïlande ou au Cambodge. Il joue également un rôle primordial dans de multiples célébrations religieuses en Inde, notamment celles de Dussehra, qui marquent la victoire de Rama sur Ravana, et de Diwali, associées au retour de Rama à Ayodhya après son exil.

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