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[Cinéma] Jason Statham, l’action man


(Photo : snd - mutiny)

Depuis The Transporter, il est devenu un genre cinématographique à lui tout seul : Jason Statham incarne le dur à cuire à l’ancienne sauvant la veuve et l’orphelin dans des films aux scénarios convenus. Une recette qui marche, mais jusqu’à quand?

 

C’est le petit plaisir coupable de l’été : un blockbuster avec Jason Statham dedans. C’est d’ailleurs dans ces termes, sans aucune autre forme d’imagination, qu’il a présenté son tout dernier, Mutiny, sorti la semaine dernière. Posture guerrière, regard en coin, crâne lisse et gros flingue en main : l’image est connue, pour ne pas dire archiconvenue. Et pour cause, ça fait des années que ça dure, plus exactement depuis The Transporter en 2002, film dans lequel Luc Besson (au scénario) a transformé cet athlète en machine de guerre, prêt à tout pour sauver la veuve et l’orphelin.

C’est en effet avec ce profil d’ange gardien qu’il a depuis multiplié les rôles avec, au premier plan, des personnages interchangeables et des histoires aux structures narratives similaires : au départ, il est le plus souvent un ancien agent des forces spéciales (ou ex-policier, agent secret, Marines…) qui a pris de la distance avec son passé violent. Mais voilà, alors qu’il ne souhaite que rentrer dans le rang et devenir un monsieur tout-le-monde, le destin n’en fait qu’à sa tête et il se retrouve embarqué dans des aventures où il est accusé à tort, quand ce n’est pas quelqu’un qui a besoin de son aide.

 

Des débuts en musique et en caleçon 

Et comme Jason Statham est charitable et qu’il n’aime pas qu’on lui cherche des ennuis, ce héros d’apparence ordinaire distribue les coups de poing et sort le pistolet pour terrasser les ennemis à la pelle avec parfois, entre deux savates, un bon mot façon Bruce Willis dans Die Hard, modèle dont il est régulièrement associé. Le reste n’est que du remplissage. Que ce soit sa fonction (on l’a vu apiculteur, convoyeur de fonds, plongeur, voleur, chef de chantier, chauffeur…) ou le décor. Car ce bagarreur au grand cœur est aussi à l’aise sur un bateau qu’en haut d’un échafaudage. Jason Statham serait donc finalement au film d’action ce que Martine est aux livres illustrés pour la jeunesse.

 

Mais tout n’a pas été si linéaire, même si son début de carrière, dans les années 1990, allait donner le ton de ce qui allait suivre : Jason Statham est d’abord un corps que l’on aime exposer, mettre en scène. Celui d’un membre de l'équipe nationale britannique de plongeon qui prend bien la caméra, à l’instar des deux clips musicaux dans lesquels il se trémousse en slip avec, comme seul argument, ses muscles saillants : Comin'on Strong des Shamen (1992) et Run to the Sun d’Erasure (1994). Un temps mannequin, lui qui, encore récemment, s’est défendu d’être «un véritable acteur», va finalement percer dans un rôle qu'il connait bien : celui de receleur, magouilleur et gouailleur qu’il a développé, pour de vrai, sur les étals du marché de Great Yarmouth (est de l’Angleterre).

 

Redresseur de torts taciturne

Grâce à Guy Ritchie, il retrouve son pote d’enfance Vinnie Jones dans deux films géniaux : Lock, Stock and Two Smoking Barrels (1998) et Snatch (2000) qui, malheureusement, ne trouveront pas d’équivalent dans la riche filmographie qui suivra (malgré d’autres collaborations avec le réalisateur britannique comme Revolver ou Wrath of Man). «Turkish» dépose alors les armes mais en trouve d’autres mieux calibrées à ses biceps, sa science des arts martiaux et son flegme anglais : il sera le gentil taciturne, le redresseur de torts dans un monde sans foi ni loi. Rarement, sa carapace se fendra, en dehors des parodiques Crank (2006-2009) et Spy (2015). Au contraire, son style tout en testostérone plait, au point qu'il figure à l’affiche de deux franchises poids lourds : Fast & Furious et Expendables.

Je reconnais ce que je sais faire, et j'essaie juste d'aller dans cette direction

Comment pourrait-on alors résumer ces films tout en cascades et castagnes, ou plutôt, ces «Stathameries» comme on dit? D’abord, côté scénario, les intentions sont simples : proposer une histoire prévisible sans fantaisie. L’acteur, pragmatique, assume ce choix en racontant qu’il n’a rien d’un intellectuel, ni d’un comédien au sens noble du terme. Autant donc rester honnête, d’abord avec lui-même, et par prolongement, avec le public. «Je reconnais ce que je sais faire, et j'essaie juste d'aller dans cette direction», lâchait-il en début d’été lors de la promotion de Mutiny. Non, Jason Statham ne ment pas sur la marchandise, et le spectateur sait pourquoi il a payé sa place. La formule est claire, directe : être authentique et ne pas prendre de risque inutile. Ce cinéma d’action aux codes du siècle dernier qu’il admire et perpétue n’a besoin de rien d’autre.

 

Du grand écran au streaming 

À l’écran, ensuite, ça se caractérise par une même simplicité : d’un côté, il y a les méchants, et de l’autre, les gentils. Entre les deux, beaucoup d’injustice et de violence – même s’il faut ne pas trop en montrer afin de rester dans les clous de la censure d’Hollywood et ne pas perdre le grand public en route. Entre complots internationaux et combats brutaux, Jason Statham dégaine alors la panoplie du costaud qui plait à un public en très grande majorité masculin : il casse des figures, sauve des gens et tue les bad guys. Moins chorégraphe et soigné que Keanu Reeves (dans la saga John Wick) et Tom Cruise (dans Mission Impossible), il réalise lui aussi la quasi-totalité de ses cascades avec, en prime, un accent cockney à couper au couteau et (parfois) un humour pince-sans-rire.

 

Bientôt sexagénaire (il a eu 59 ans en juillet dernier), Jason Statham semble toujours être en bonne forme physique, bien qu’il reconnaisse qu’une double décennie de sauts et de dégringolades, ça use! Qu’importe : alors que d’anciennes icônes dépérissent à vue d’œil (Arnold Schwarzenegger, Sylvester Stallone), il reste l'un des rares acteurs capables de porter un film d'action sur son seul nom sans avoir besoin d'un costume de superhéros. Ainsi, sa présence à l’affiche, aux États-Unis mais également en Asie et en Europe, assure d’importantes recettes. Et une fois loin du grand écran, ses films continuent de fructifier sur les plateformes de streaming où ils figurent régulièrement en tête des classements. Des œuvres qui, basées sur des concepts sobres et efficaces, aux risques financiers donc limités, sont une aubaine pour les studios.

Bientôt dans son propre rôle 

C’est sûrement pour cette raison que Jason Statham a créé le sien en 2022, Punch Palace Productions, société qui lui permet d’avoir un contrôle total sur tous ses projets. Il peut alors choisir lui-même ses réalisateurs et ses scénarios, tout en s’assurant des cachets massifs (estimés selon la presse spécialisée à plus de vingt millions par film). De quoi facilement en abuser… Ainsi, entre mars 2025 et août de cette année, il a sorti trois films : A Working Man, Shelter et Mutiny, tous critiqués par les professionnels et, pire, par le public lui-même, de plus en plus boudeur face à ces reproductions filmiques sans queue ni tête. On parle même de «nanar» pour qualifier le dernier, aux scènes d’action trop limitées et aux incohérences interminables.

 


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