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[Bande dessinée] La tragique odyssée du Jakarta


(Photo : glénat )

Avec ce premier tome d’un diptyque consacré à l’une des pages les plus sanglantes de l’histoire maritime, Xavier Dorison mêle récit d’aventure et thriller psychologique, pour un sombre voyage au bout de l’enfer.

C’est connu, Xavier Dorison aime les récits d’aventure, comme en témoigne sa bibliographie ponctuée de trois séries d’importance : W.E.S.T, Undertaker et Long John Silver. Cette dernière, hommage avoué à L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson, a montré tout son talent pour raconter les grands voyages incertains à travers les mers, faits de mutinerie, de naufrage et de survie. Celui-ci, qui narre l’histoire (véridique) du Jakarta, rajoute deux éléments épicés : la sauvagerie et le massacre. C’est pourquoi l’auteur met en garde dans une préface qui développe le concept de «l’extinction de l’âme», soit l’arrêt de l’empathie et du jugement moral d’un groupe d’humains, sombrant alors dans l’horreur et le sadisme aveugle.

Cette précision faite, on peut embarquer, un peu la peur au ventre, dans le majestueux navire de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, la plus riche et puissante du monde au XVIIe siècle. Une renommée qu’elle a bâtie en exploitant sans vergogne les hommes qui la servent, ce que l’on remarque vite, des cales à la grand-voile, au cœur de ses bateaux «volants» aux conditions d’hygiène et de travail déplorables. Malgré tout, ils sont nombreux à monter sur le Jakarta, vaisseau de cinquante mètres de long où cohabitent deux mondes : dans l’ombre et la crasse, «la fine fleur de la racaille», composée de criminels et autres rebuts de la société. De l’autre, les officiers et invités qui, eux, vivent plus «décemment».

Parmi eux, on trouve les personnages principaux : Arian Jakobs, capitaine inculte, violent mais marin redoutable, et son supérieur au poste de subrécargue (une sorte de commissaire diplomatique), Francisco Pelsaert, dont la mission est d’aller corrompre le Grand Mogol en Indonésie. Pour ce faire, il lui ramène une camée d’agate et quelque 300 000 florins en pièces et en bijoux. Un trésor exceptionnel sur lequel lorgne Jéronimus Cornélius, apothicaire fauché et hérétique mais habile manipulateur. Son objectif? Monter une mutinerie et s’emparer du magot. Il devra toutefois se méfier de son cœur qui bât la chamade pour Lucrétia Hans, bourgeoise d’Amsterdam qui complète l’équipage pour rejoindre son mari. Et sûrement aussi de Wieber Hayes, gabier généreux et protecteur.

Ce navire mène plus vers les enfers que les Indes!

L’histoire

«Ce navire mène plus vers les enfers que les Indes!», prévient la servante à sa maîtresse avant que celle-ci ne parte sur les flots. Elle ne croit pas si bien dire. Le Jakarta a tout d’une cargaison de poudre, entre cet argent à portée de main, les convoitises et les rapports de classe qui attisent le feu. Pire, il y a ce quotidien que vivent les marins : l’hygiène exécrable, la promiscuité, la famine, la maladie, le froid, la chaleur et l’humidité, la violence, la soumission aux dirigeants. Une tension à fleur de peau et un rapport de force que va habilement exploiter le «diable» Jéronimus Cornelius, selon un principe très simple : pour mettre la main sur l’or, il faut d’abord «voler l’esprit de ceux qui le gardent».

En se focalisant sur ce microcosme sordide, Xavier Dorison fait coup double, mêlant à la fois récit d’aventure et thriller psychologique dans un huis clos suffocant. Pour mettre en perspective cette histoire vraie, il s’adjoint les services de l’excellent Thimothée Montaigne (qui était déjà assistant sur Long John Silver), aux traits réalistes et aux plans inspirés. Une association qui, et c’est tant mieux, va perdurer car 1629, ou l’effrayante histoire des naufragés du Jakarta, prévu en deux tomes, se poursuivra avec les évènements qu’ont connus les naufragés, survivants malheureux d’une des pages les plus sanglantes de l’histoire maritime. Bref, on n’est vraiment pas au bout de nos peines, mais comme le dit l’auteur dans la préface : «Vous voilà prévenus!».

1629, ou l’effrayante histoire  des naufragés du Jakarta (t. 1), 
de Xavier Dorison et Thimothée Montaigne. Glénat.

Seuls les désespérés prennent le risque de s’embarquer sur le Jakarta. À son bord, un équipage issu des bas-fonds d’Amsterdam et assez d’or et de diamants pour exciter les plus folles convoitises. Un baril de poudre sur un enfer flottant. Invitée improbable dans cette traversée vers le cauchemar, Lucrétia Hans devient la seule à pouvoir empêcher Jéronimus Cornélius, apothicaire hérétique et ruiné, d’allumer la mèche…

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