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Anima : quand la danse libère la tête et le corps


Avec Anima, le chorégraphe Christian Ubl poursuit sa réflexion sur les identités multiples, en se mettant ce coup-ci à hauteur d’adolescents. Une pièce qui appuie une «révolution» en marche et ouvre les débats.

C’est l’histoire d’une transformation, qui touche à l’intime comme à l’universel. Sur le plateau, quatre protagonistes (deux musiciens et deux danseurs) se croisent et se toisent dans un monde en noir et blanc, binaire. Puis vient la mutation, folle, multiple, comme la palette d’un peintre sur laquelle se mélangeraient les couleurs.

Un symbole qui colle parfaitement aux bouleversements identitaires que connaît le monde moderne, impulsés par les réseaux sociaux, et désormais visibles, défendus. «C’est quelque chose qui s’est affirmé dans la vie de tous les jours», prolonge Christian Ubl, et ce, jusque dans le lexique. «Le pronom « iel » est désormais dans le dictionnaire, poursuit-il.

L’important est de savoir ce que l’on va faire avec : sommes-nous alors prêts à comprendre, ou à remettre les gens dans des cases?»

Derrière, une autre question, centrale : «Comment trouver sa place?». Elle résonne toujours de manière particulière chez le chorégraphe, lui, originaire de Suisse, qui s’est installé en France il y a vingt-cinq ans. «Ça n’a pas été simple!, avoue-t-il. Il faut s’adapter, se faire à une nouvelle culture… C’est comme développer une double identité!»

D’où son intérêt pour le sujet, qui prend toutefois d’autres formes et s’empare de différentes thématiques, à l’instar de sa précédente pièce, La Cinquième Saison, fantaisie qui bousculait l’ordre établi et le pouvoir en prenant le carnaval populaire comme symbolique. Inscrite dans le même cycle et suivant la même idée fixe, Anima, elle, se met à la hauteur des adolescents, dont le corps et l’esprit changent à la vitesse grand V, créant son lot de troubles et de désordres.

«Je souhaite mettre en lumière le cheminement, parfois confus et complexe, pour un(e) jeun(e) qui découvre sa singularité, et parfois, le désaccord qui existe entre son corps, ses désirs, son image et ses sentiments profonds», résume avec justesse Christian Ubl. Une «métamorphose intime et personnelle» qui débute par la poitrine et les poils qui poussent, et se poursuit avec les premiers émois.

Le pronom « iel » est désormais dans le dictionnaire. L’important est de savoir ce que l’on va faire avec…

Un rapport à l’autre qui amène à se positionner sur la notion de genres, quitte justement à bousculer cette ligne de démarcation longtemps inébranlable entre masculin et féminin. Une «véritable révolution» qui, si elle peut-être une source d’incompréhensions et de confusions pour l’ancienne garde, est abordée plus naturellement par les jeunes générations.

«Elles baignent dedans!», lâche ainsi le chorégraphe, conscient qu’à son époque, la donne n’était pas la même. «C’était plus compliqué à aborder comme sujet.»

Malgré tout, encore aujourd’hui, ce décloisonnement peut coincer. Aux yeux des autres, mais aussi vis-à-vis de soi-même. Alors, pour faire «gagner du terrain» à cette émancipation, Anima valorise, sur scène, la confiance en soi et l’approche décomplexée, afin de s’affranchir (si besoin est) des codes préétablis.

«Quand on est adolescent, on peut porter cette transformation avec légèreté, dit encore Christian Ubl. Plus tard, c’est compliqué : ça devient alors une conviction, un combat à mener.» Un terrain sur lequel le chorégraphe refuse de s’engager : «Cette pièce, ce n’est pas un manifeste politique ou communautaire!». Surtout que pour lui, «un spectacle militant qui apporte des solutions, ça n’existe pas!». Lui préfère créer «des moments d’échange et de confrontation» auprès des jeunes et des moins jeunes.

Enfin, histoire de ne pas aborder frontalement un sujet toujours «sensible aux polémiques», il use de déguisements pour prendre de la «distance» et éviter une approche «documentée» trop sérieuse. «Avec le masculin et le féminin, on est vite dans les connotations, les clichés… D’où ma volonté de faire une pièce proche de la fiction, avec un côté « too much » plus léger».

Sur le plateau, en effet, se succèdent des figures proches de l’esthétique du manga (avec ses personnages androgynes), du théâtre Kabuki, des «Genderless Kei Boys» ou adeptes du «cross-dressing». «Avec un masque, on devient quelqu’un d’autre. Tout est possible!», soutient le chorégraphe. Recouvrir les corps pour mieux les dévoiler, voilà sa recette pour «inventer des identités singulières», et qui sait, changer les regards sur la société à venir.

«Dans trente ans, comment va-t-on aborder le genre?», se questionne Christian Ubl. «Ça a beaucoup évolué depuis un demi-siècle», même si, c’est un fait,  «on n’est pas au bout de nos peines».

Trois C-L – Luxembourg.
Samedi à 16 h et 19 h.

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