Réunis à Luxembourg ce mercredi, sept jeunes élus issus de quatre partis politiques différents ont officiellement fondé «Plattform fir Demokratie», une association qui entend protéger et consolider le système démocratique.
Réunis autour d’une table dans un café de la capitale ce mercredi, sept jeunes figures politiques signent chacun leur tour un document donnant naissance à l’ASBL «Plattform fir Demokratie». De par sa raison d’être, mais aussi par sa constitution, cette association est d’un nouveau genre. D’une part, elle est dédiée à la protection et au renforcement de la démocratie au Grand-Duché, une thématique assez nouvelle dans un pays dont le système politique ne semble, au premier abord, pas menacé.
Et surtout, l’ASBL est le fruit d’une réflexion transpartisane, puisque ses fondateurs appartiennent à quatre partis politiques différents du large centre. Parmi les signataires se trouvent Fabricio Costa, conseiller municipal de Luxembourg (déi gréng), Jessie Thill, première échevine de Walferdange (déi gréng), Michael Agostini, membre du comité directeur du DP, Katrin Kohl, conseillère municipale à Diekirch (DP), Sammy Wagner, bourgmestre de Steinfort (LSAP), Danielle Filbig, conseillère municipale à Rambrouch (LSAP) et Stefano D’Agostino, premier échevin de Mertzig (CSV).
Une lettre ouverte comme genèse
«Nous avons commencé à nous mettre ensemble, nos quatre partis, en rédigeant une lettre ouverte pour le Premier ministre et la Chambre des députés après l’investiture de Donald Trump», fait savoir Jessie Thill. Ce courrier, rédigé en janvier 2025 par huit élus déi gréng, DP, LSAP et CSV, dont cinq des membres fondateurs de l’ASBL, souligne les menaces que représentent les partis populistes et d’extrême droite pour la démocratie. Autocratie, désinformation, ingérence politique étrangère, xénophobie, racisme ou encore suppression des libertés individuelles, les dangers sont nombreux et les signataires insistent sur la vulnérabilité du Grand-Duché.
À la suite d’entrevues «avec le président de la Chambre, avec le Premier ministre, avec les différentes factions politiques», les représentants des diverses familles politiques constatent qu’ils doivent se structurer. «On nous posait toujours la question de savoir qui nous étions, raconte Michael Agostini, et à l’époque, nous pouvions seulement dire que nous étions un groupe de jeunes politiciens convaincus qu’il faut essayer de renforcer notre démocratie».
La fondation de ce think tank, sous la forme d’une ASBL, permet ainsi à ces figures politiques de passer du statut d’acteurs privés à celui d’une entité institutionnelle, affranchie de toute couleur politique. Mais quid des autres partis qui n’ont aucun représentant au sein de l’association? «Nous n’avons pas du tout fermé la porte aux autres partis, nous sommes même ouverts jusqu’à 14 membres au sein du conseil d’administration», répond la première échevine écologiste, à condition de «respecter les valeurs de notre charte».
«L’extrême droite se prépare»
Avant même la création de «Plattform fir Demokratie», la lettre ouverte avait déjà trouvé un écho auprès du gouvernement. La Chambre des députés s’était d’abord engagée à réaliser un «stress test» de la démocratie, l’une des mesures proposées par le collectif d’élus afin d’identifier, puis consolider, les failles du système qui pourraient permettre à un parti d’installer un régime autoritaire au Luxembourg. «Au bout de cinq ans avec un gouvernement, le but est que les institutions soient toujours debout et que les gens aient à nouveau le choix de voter», résume Michael Agostini.
La création d’un conseil citoyen consultatif est également plébiscitée, selon le modèle de la démocratie délibérative. «La démocratie ne doit pas seulement signifier que les citoyens votent tous les quelques années, elle doit créer des opportunités pour que les gens puissent également réfléchir et discuter activement entre les élections.» En février dernier, la Chambre s’est d’ailleurs penchée sur la participation citoyenne avec un premier débat autour des recherches de sa cellule scientifique sur le sujet. L’ASBL réclame également un meilleur apprentissage du système politique à l’école, une régulation des réseaux sociaux et n’écarte pas l’idée de relancer les discussions sur le vote des étrangers résidents.
Peu importe les méthodes, il est «urgent d’agir» selon Sammy Wagner. Ce dernier voit la victoire récente du parti d’extrême droite allemand de l’AfD en Saxe-Anhalt comme un avertissement pour le Grand-Duché. «L’extrême droite au Luxembourg va ailleurs pour se former, elle observe ce qu’il s’est passé en Allemagne, ce qu’il est en train de se passer en France, elle se prépare et c’est pour cela qu’il faut se méfier.»