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[Tour de France] Andy Schleck : « Je serais à la place de Bob, je viserais une étape… »


Andy Schleck, présent pour la première fois sur le Tour de France en tant que suiveur, s'est longuement confié sur ces premières étapes de la course. (Photo: Jeff Lahr)

Andy Schleck observe cette année le Tour de France de près, en tant que suiveur. Il se passionne pour la course qu’il a remportée en 2010. Ses avis ne manquent pas d’intérêt et n’engagent que lui…

C’est avec un grand sourire qu’Andy Schleck vit son premier Tour de France en tant que suiveur. Il occupe le rôle d’ambassadeur pour Skoda avec un bonheur bien visible. Surtout si on lui parle tactique. «Les adversaires de l’équipe Sky doivent se liguer, sinon ils ont perdu d’avance», analyse-t-il.

Quelle vision avez-vous de ce Tour de France qui sort tout juste des Alpes ?

Andy Schleck : Je pense que c’est un Tour de France classique. Les Alpes ont été dures et sur l’Alpe d’Huez, on a vu l’une des meilleures étapes du Tour de ces dernières années. Jusqu’à la fin, on ne savait pas qui allait s’imposer, ni ce qui allait se passer. On savait que l’équipe Sky dominait, mais on a pu voir que leurs adversaires ont progressé. Je pense qu’il y a deux ans de cela, Thomas et Froome seraient arrivés tous les deux ensemble. Or là, c’est resté indécis jusqu’au bout.

Vous seriez un adversaire des Sky, vous feriez quoi ?

(Il rit) Là, faut que je réfléchisse et que je me replonge dans la peau d’un coureur. On remarque que les deux leaders de l’équipe Sky possèdent un grand écart avec leurs principaux rivaux, à commencer par Tom Dumoulin. Qui est presque à deux minutes (1’50 »). Nibali n’est plus là et c’est forcément dommage. Il y a Roglic et Bardet. Bardet est bien, certes, mais on voit qu’il manque d’un peu de puissance. Je ne sais pas s’il a progressé, comme il le dit depuis l’an passé, mais cela ne se voit pas trop pour le moment. Attendons la dernière semaine, dans les Pyrénées. Sinon, si j’étais un adversaire de la Sky aujourd’hui, je chercherais à m’allier jusqu’à au moins les trois derniers kilomètres. Il n’y a pas d’autre moyen. Les Quintana, Dumoulin et autres doivent trouver un terrain d’entente commun.

Mais vous savez bien que cela ne se fait pratiquement jamais, dans la pratique…

Maintenant avec Nibali dehors, on ne peut plus parler de la tactique de l’équipe Bahrain-Merida. Mais dans l’étape d’avant, menant à La Rosière, pourquoi a-t-il fait rouler son coéquipier Franco Pellizotti? Ce qu’a fait Valverde dans l’étape de l’Alpe d’Huez était mieux. Plus intéressant. Il a obligé l’équipe Sky à rouler. Mais tout le monde rigole dans le peloton quand une équipe, adversaire des Sky, partage avec elle des relais.

Que va-t-il se passer dans les Pyrénées ?

Là-bas, la pente est plus raide. C’est un avantage certain pour les coureurs petits, maigres qui ont peu de poids à transporter. Comme Quintana, même s’il a déjà plus de quatre minutes de retard (4’13 »). On peut imaginer que des coups partent de loin. C’est d’ailleurs ce qu’il faudrait tenter. Mais la grande inconnue, ce sera l’étape de mercredi entre Bagnères-de-Luchon et Saint-Lary-Soulan. Il n’y a que 65 kilomètres, mais trois sommets. Ce sera très rapide, très dur. Je pense que Geraint (Thomas) sera en danger là. Contrairement à (Chris) Froome. Mais en dehors de cette 17e étape, je ne vois pas de coureurs capables de déstabiliser Geraint Thomas.

[…]

Bob Jungels est désormais douzième du Tour de France. Quel regard portez-vous sur lui ?

Si je suis honnête, il se trouve là où je pensais qu’il serait à ce stade de la course. Il est proche du top 10. Il s’aperçoit sans doute que le Tour est différent du Giro. Je l’avais moi-même expérimenté. Sur le Tour, ça roule plus vite, la chaleur est plus forte, la pression est plus grande, le public est plus grand, la presse plus importante, tout est plus sur le Tour, c’est bien plus fatigant. Il a déjà participé au Tour, en 2015, où il avait brillé dans la dernière semaine, mais jamais avec un rôle pour le classement général. Par contre, je me demande franchement si pour un coureur de sa trempe, car c’est déjà un grand nom du cyclisme – on ne remporte pas Liège-Basto gne-Liège si on n’est pas un grand coureur – si cela vaut vraiment le coup de batailler pour entrer dans le top 10. Ne vaudrait-il pas mieux se laisser décrocher dans l’une ou l’autre étape, pour posséder plus de retard? Et dans ce cas, intégrer une échappée et tenter de remporter un succès d’étape. Ce qui lui rapporterait sans doute plus de satisfactions et de retombées. Car on le sait, le grand public ne sait pas qui a terminé dixième, vingtième ou trentième. Par contre, on retient toujours celui qui a remporté une étape. Il en est capable, et assez largement. Il finit les étapes de montagne avec les dents sur le guidon et je le sais, tout ça finit par vous coûter beaucoup d’énergie. Mais, à un moment, il risque de ne pas avoir de forces s’il se vide tous les jours. Le combat dans ce registre avec les Sky est déséquilibré car ils ont des équipiers pour faire le tempo et épuiser leurs rivaux. Je serais à sa place, je ferais ça, mais je ne suis pas à sa place. C’est à lui et à son équipe de voir ce qui est mieux.

Entretien avec notre envoyé spécial à Valence, Denis Bastien

À lire en intégralité dans Le Quotidien papier de ce week-end.

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