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Thionville : une nuit à la rencontre des sans-abri


Jean-Luc passe ses nuits dans sa tente. Même les plus froides (Photo Républicain Lorrain /Pierre Heckler).

Depuis près de vingt ans, les maraudes de l’association thionvilloise Athenes se rendent auprès des personnes en errance afin de leur apporter du soutien et une main tendue. Leur équipe mobile nous a ouvert les portes de son univers le temps d’une soirée

Après avoir chargé son utilitaire d’une grande bouteille isotherme de café et de quelques victuailles, l’équipe mobile d’Athenes (Association thionvilloise pour l’essor des nouveaux espaces sociaux) est prête à partir en maraude et quitte le CHRS du Phare (Centre d’hébergement et de réinsertion sociale), partant à la rencontre des personnes en difficulté sociale. « En hiver, nous intervenons cinq fois par semaine, en plus des signalements spécifiques que nous recevons. Le reste de l’année c’est quatre maraudes par semaine », précise Virginie Hary, chef de service de l’association. « En tout, nous sommes cinq éducateurs à assurer ces maraudes, dont deux réguliers. Le but est de tendre la main, de maintenir le lien avec des personnes en grande errance et de les aider lorsque c’est possible et qu’elles le souhaitent », complète Régis Wagner, l’un des éducateurs de cette structure.

Ce lundi, Régis est accompagné par Nour, membre de l’association Aides. « Nous travaillons toujours par deux. Et deux fois par semaine, Aides et le CSAPA Baudelaire (Centre de soin, d’accompagnement et de prévention en addictologie) se joignent à nous », ajoute Régis. Pour Nour, cette maraude « c’est un moyen pour chacun d’aller voir les personnes que nous suivons et de faire de la prévention des risques de contamination en ce qui concerne la consommation de produits stupéfiants et les risques de maladies sexuelles ». Depuis deux ans et demi qu’il est en poste, Régis raconte les rencontres de ces personnes en errance. Des tragédies mais aussi des fins heureuses. « On résume souvent notre action à apporter un café ou une soupe, mais ça va plus loin que ça. Notre but est de les aider à se réadapter, à repartir sur une base plus sereine, refaire leurs papiers d’identité, demander des aides… »

Quatre arrêts pour une maraude

La première halte de la soirée est pour Hans*, un homme d’origine allemande vivant sous une tente avec son chien. Un peu plus tard, l’utilitaire s’arrête près d’une bâtisse abandonnée. Régis pousse une fenêtre. « Ici ils sont deux ou trois à vivre », comme en témoignent des lits de fortune. « Salut Florinel ! Dis, tu n’avais pas mal au dos comme ça quand on s’est vu la dernière fois. » L’homme se déplace avec difficulté et Régis lui offre une soupe chaude : « Jeudi, un docteur sera au centre, passe le voir, c’est gratuit ».

Autre endroit, autre problème. Julien ne sait pas où dormir ce soir. « Ça fait plusieurs semaines qu’il dort sous une bâche avec un sac de couchage. Là, des barrières ont été placées, interdisant l’accès au site qu’il squatte. Je vais le ramener au centre pour qu’il puisse passer une nuit au chaud » Comme à chaque fois, Régis laisse le choix. Heureusement, Julien accepte.

Et puis vient Jean-Luc. D’une soixantaine d’années, l’homme affiche 15 ans de rue au compteur. « Là on parle d’un choix de vie », précise l’éducateur. Toujours est-il que le senior ne semble pas s’en plaindre. « J’y suis bien », commente-t-il entre deux blagues. D’ailleurs, la vie en communauté, il ne s’y plaît pas. Pour Régis, cette visite c’est aussi un moyen de se renseigner sur la santé de Jean-Luc : « Je veux voir s’il arrive à se lever, s’il n’a pas de soucis. » On échange une soupe chaude, quelques nouvelles. Une fois la tournée finie, l’équipée rentre au bercail. « Et là commence l’administratif, nous établissons un compte rendu régulier des rencontres que nous faisons, ce que nous donnons, ce dont nous avons parlé. Nous organisons également des réunions régulières de veille sociale avec les autres acteurs sociaux du secteur, comme le 115, l’Association d’information et d’entraide mosellane, l’Armée du salut pour échanger des informations », conclut Régis.

DH (Le Républicain Lorrain)

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