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Médecins du monde : toujours plus de patients


Près de 1 400 personnes ont bénéficié de soins fournis par Médecins du monde en 2021. (Photo : archives lq/alain rischard)

En 2021, le nombre de patients reçus en consultation par Médecins du monde au Luxembourg a quasiment doublé, preuve d’une injustice sociale croissante dans le pays selon l’association.

Médecins du monde a présenté vendredi son rapport d’activités pour 2021, et le moins qu’on puisse dire, c’est que les salariés et bénévoles de l’association n’ont, cette année encore, pas chômé : déjà restés constamment sur le pont durant la pandémie en 2020, ils ont donné plus de 3 000 consultations et reçus 1 391 bénéficiaires en 2021. C’est pratiquement le double de patients que les années précédentes.

«C’est une surprise, on ne s’attendait pas à avoir autant de patients», a commenté la directrice générale de Médecins du monde, Sylvie Martin. «Cela montre qu’il y a une injustice sociale qui persiste et s’aggrave au Luxembourg», a dénoncé pour sa part le Dr Bernard Thill, président de Médecins du monde.

Pour l’association, ces chiffres jugés «alarmants» témoignent en effet de l’importance de la précarité sociale dans laquelle vivent de nombreuses personnes au Grand-Duché. Car, comme les années précédentes, les personnes qui se sont rendues dans les centres médicaux de Médecins du monde en 2021, vivent pour la quasi-totalité d’entre elles (97,5 %) sous le seuil de pauvreté. La grande majorité n’exerce aucune activité rémunérée (65 %), et lorsqu’elles travaillent, c’est à 92,5 % au noir.

Un cercle vicieux, comme l’a rappelé Sylvie Martin, car «la précarité a souvent un impact sur la santé, et si on est malade, on souffre encore plus de précarité». Une santé qui vacille tant sur le plan physique que psychologique : «On parle trop peu de la souffrance psychologique à laquelle les personnes vivant dans la pauvreté sont exposées tous les jours», a soulevé le Dr Bernard Thill, mettant en avant l’importance du travail des psychologues de Médecins du monde.

Seules 10 % des personnes prises en charge par l’association ont un logement personnel, la condition sine qua non pour bénéficier de l’aide sociale. Au final, 85,5 % des bénéficiaires de Médecins du monde n’ont aucune prise en charge de leurs frais de santé.

Impact du covid

La pandémie, qui a engendré la perte de toute source de revenus pour des personnes exerçant souvent un travail non déclaré ou en intérim, dans des secteurs qui ont dû fermer comme la restauration ou les chantiers, ainsi que les barrières générées par le matricule national pour accéder à la vaccination, peuvent expliquer la forte hausse du nombre de patients reçus par Médecins du monde.

L’an passé, 750 personnes ont pu avoir accès à la vaccination contre le covid-19 grâce à la génération d’un matricule obtenu par l’intermédiaire de Médecins du monde, et 600 personnes ont été directement vaccinées par l’association. Cet accès à la vaccination a en outre permis de toucher des communautés qui ne s’adressaient pas à Médecins du monde auparavant, notamment la communauté asiatique.

Couverture universelle

«Une formidable avancée en faveur de plus d’égalité dans la santé», a toutefois a été annoncée par le gouvernement en octobre 2021 : l’arrivée de la Couverture universelle des soins de santé (CUSS), un concept pour lequel le plaidoyer de Médecins du monde militait depuis 2013. Cinq associations, dont Médecins du monde, ont été mandatées pour mettre en place ce projet, encore au stade pilote, qui a démarré en avril 2022.

Pour l’instant, malgré le qualificatif «universelle», l’accès à cette couverture santé comprend un certain nombre de conditions, telles que le fait de ne pas être affilié à la sécurité sociale d’un autre pays, justifier d’une présence de plus de trois mois au Luxembourg, avoir un projet au Grand-Duché, etc.

Aussi, à l’heure actuelle, seules les personnes les plus malades sont intégrées dans le système. «Mais nous ne sommes qu’au début du projet, on espère ouvrir ce système peu à peu, qu’il soit pérennisé et qu’il ait une assise légale», a insisté Sylvie Martin, saluant «cet énorme pas en avant pour l’accès à la santé des plus précaires».

«L’accès à la santé est un droit pour tous depuis la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, dont le Luxembourg est signataire», a rappelé le Dr Bernard Thill. «Mais jusqu’à présent, ce droit n’existe pas ici! On espère qu’avec la CUSS le sort de nos patients va s’améliorer.»

Le rapport annuel est téléchargeable sur www.medecinsdumonde.lu

Nouveautés

En 2021, Médecins du monde a aussi mis en place une nouvelle permanence entièrement dédiée aux femmes et aux enfants, où les femmes vivant dans la précarité sont reçues sans leur partenaire pour une consultation médico-psycho-sociale fournie par des femmes, afin de leur faire bénéficier d’un espace d’expression libre et intime.

L’année 2021 a également vu l’ouverture d’un lieu d’hébergement pour des personnes sans abri et gravement malades. Démarré en décembre 2020 dans une maison privée à Weiler-la-Tour, le projet pilote «Maison Weiler», géré par la Croix-Rouge et avec l’aide médicale de Médecins du monde, a permis de prendre soin de 18 personnes dont l’espérance de vie aurait été clairement compromise en restant dans la rue. Le projet se poursuit cette année dans une maison située à Esch-sur-Alzette, en partenariat avec le centre hospitalier Émile-Mayrisch (CHEM). Huit des dix lits disponibles sont d’ores et déjà occupés.

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