Petit pays, grandes ambitions : dix ans après le lancement de SpaceResources.lu, le Luxembourg compte 80 entreprises spatiales et mise désormais sur la Lune et la défense.
«Elon Musk faisait les gros titres, mais le Luxembourg déjà aussi à l’époque», a rappelé ce mardi Rainer Horn, associé principal de Novaspace. Cette phrase d’introduction à l’une des premières tables rondes de la journée NeoSpace Europe organisée par la Luxembourg Space Agency (LSA) a renvoyé l’auditoire en 2016.
En février, le Grand-Duché lançait Spaceresources.lu, une initiative suivie dès 2017 d’une loi encadrant l’exploration et l’utilisation des ressources spatiales. Déjà grande place financière, le Luxembourg avait l’ambition de devenir le centre européen et mondial de l’exploration et de l’exploitation commerciale des ressources spatiales. Rien que ça.
Pour Alain Claverie, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique, l’histoire remonte bien plus loin, à la création de SES. À la fin des années 1980, le Luxembourg mise sur des satellites de télévision peu puissants, qui demandent de grandes antennes au sol. «Les Français et les Allemands rigolaient de voir le Luxembourg faire ça», raconte-t-il en marge de la conférence. Eux parient sur des satellites très puissants.
Finalement, ces satellites seront un échec. «Et ça a créé SES, qui est aujourd’hui parmi les numéro un mondiaux.» Résultat, poursuit le chercheur français, «dans l’industrie spatiale, le Luxembourg est quand même très, très bien placé. Et côté start-up, c’est extrêmement dynamique, ce n’est pas un mirage. Si on compare la taille du pays à la position du Luxembourg dans le spatial, c’est énorme.»
Guerre et spatial vont de pair
En une dizaine d’années, la Newspace Economy a évolué. L’initiative de 2016 était «audacieuse», glisse Ruy Pinto, CEO de la LSA. «Il y a beaucoup de développement scientifique actuellement, parce que les contraintes techniques sont assez fortes», reconnaît-il. Mais le projet n’est «pas du tout arrêté» et «reste un des piliers du Luxembourg», assure-t-il, citant l’Esric, le centre européen d’innovation sur les ressources spatiales installé à Belval.
Et ce n’est pas la seule évolution. Comme le confie Ruy Pinto, la première transformation concerne «la vitesse d’évolution du marché, détaille-t-il. De nouvelles technologies sont apparues dans les différents secteurs du spatial, la communication, les radars, le haut débit…» La seconde transformation, poursuit-il, «c’est la géopolitique. Le spatial est devenu une capacité stratégique, ce qui n’était pas le cas il y a dix ans. Après l’invasion de l’Ukraine, le rôle du spatial est passé au premier plan». Sur scène, Olivier Lemaitre, secrétaire général d’ASD-Eurospace, s’inquiète, lui, de voir chaque pays vouloir développer sa défense spatiale «à l’intérieur de ses frontières».
Le Luxembourg encore légitime
D’ailleurs, comment le Luxembourg peut-il trouver sa place alors qu’il ne possède pas d’usines de puces ou de chars? «Même si on est un petit pays, on a la possibilité d’aider les autres à construire leurs capacités de défense», dit en souriant Ruy Pinto, pour qui le contexte actuel «ne remet pas du tout en cause» la place du Luxembourg. «On est présents dans le spatial, on a un secteur développé, qui se développe encore et qui a des choses à offrir aux autres pays.» Comme la connectivité sécurisée, les réseaux, les communications, énumère le CEO. «Des start-up travaillent sur des projets de développement technologique dans le contexte de la défense et ont des outils, des choses à apporter concrètement à ce marché-là», résume-t-il.
Le Luxembourg compte quelque 80 entreprises dans le secteur spatial, précise encore Ruy Pinto. «Il y en a qui échouent, il y en a qui réussissent. Mais c’est un nombre qui a énormément évolué : quelques années en arrière, il n’y en avait qu’une dizaine.» C’est un secteur qui recrute, mais des profils pointus. «Il y a beaucoup d’ingénieurs, pas forcément beaucoup de techniciens», observe Alain Claverie. Des profils «difficiles à trouver».
L’agence dit réussir à attirer des talents, mais l’effort doit continuer. Elle collabore étroitement avec des universités étrangères. Et l’aventure continue puisque la semaine prochaine, lundi, seront lancés les travaux du Space Campus réparti sur deux sites, à la Cloche d’or et à Belval.
Il a quitté la Luxembourg Space Agency avec «le sentiment d’avoir rempli l’objectif». Marc Serres a quitté ses fonctions de CEO le mois dernier, remplacé par Ruy Pinto, mais sans annoncer à l’époque quelle direction allait prendre sa carrière.
Celle-ci va finalement continuer dans les étoiles puisqu’il vient de rejoindre Anywaves, une entreprise qui conçoit, fabrique et livre dans le monde entier des antennes spatiales, des charges utiles RF (radiofréquence) et des équipements électroniques avancés haute performance. Il occupera le poste de directeur du développement et de la croissance alors que la société vient de fusionner avec EmTroniX.