Accueil | Culture | [Magazine] Orchestra Baobab, monument musical «made in Sénégal»

[Magazine] Orchestra Baobab, monument musical «made in Sénégal»


(Photo : afp)

Plus d’un demi-siècle après sa création, le légendaire groupe sénégalais Orchestra Baobab fait toujours vibrer les nuits au son de sa musique afro-cubaine teintée de sonorités d’Afrique de l’Ouest.

Dès que résonne le solo du saxophone du célébrissime morceau Utrus Horas, la fièvre monte, les couples se forment, se déhanchent. Ce soir-là, les musiciens d’Orchestra Baobab se produisent au Just For You, club réputé de Dakar, mais les mêmes instants magiques avec leur public se constatent régulièrement dans leurs dates à travers le monde, de New York à Johannesburg, Hong Kong ou Paris. Alors que sortira vendredi Made in Sénégal, leur premier album de morceaux inédits en près de 10 ans, ce groupe de légende a su résister aux affres du temps en renouvelant ses membres et ses influences.

«J’ai dansé sur le groupe Baobab à l’âge de 15-20 ans et je danse encore dessus aujourd’hui», confie Moustapha Samb, 62 ans, venu écouter les rythmes sensuels au Just For You un dimanche soir. «C’est un monument, c’est la mémoire, c’est la résilience aussi», souffle-t-il. Monument de la culture au Sénégal, né dans les années 1970, Orchestra Baobab perpétue la flamme malgré la disparition de la plupart de ses membres fondateurs, grâce à l’arrivée de nouveaux musiciens héritiers de la tradition. Grâce à l’âme des anciens et à l’énergie de la nouvelle garde, les airs afro-cubains continuent de se mélanger à la rumba congolaise, aux traditions musicales griotiques wolof, au mbalax sénégalais, au jazz…

Les spectateurs «commencent à comprendre que Orchestra Baobab, ce n’est pas que le « old-school ». Il y a une nouvelle génération», explique la chanteuse Korka Dieng, première et unique membre féminine du groupe, arrivée en 2023. Dans l’identité sonore actuelle du groupe, «on sent qu’il y a une nouvelle fraîcheur, quelque chose de nouveau, quelque chose d’exceptionnel, quelque chose que les gens n’avaient pas entendu au temps des fondateurs», estime Yahya Fall, 76 ans, guitariste rythmique du groupe.

Mais les nouveaux membres, majoritairement des trentenaires et des quadragénaires, affirment vouloir préserver l’âme historique et le son inimitable de ce groupe de neuf musiciens, en apportant un soupçon de leur touche personnelle. Korka Dieng explique qu’elle et les autres jeunes musiciens impriment tous leur empreinte, tout en tentant de «garder l’originalité, ce qui a fait que l’orchestre, le mythique, est arrivé jusque-là».

Dès que la musique du Baobab commence, les gens se lèvent pour danser!

Mountaga «Taga» Koité, percussionniste et cofondateur de l’Orchestra Baobab

Guitares, percussions, saxophones et vocalises produisent les sonorités latines aux influences ouest-africaines si reconnaissables du groupe, tantôt douces et langoureuses, tantôt rythmées. Grâce aux jeunes, l’orchestre perdurera «un siècle», prédit avec une étincelle dans les yeux Mountaga «Taga» Koité, 73 ans, dernier membre fondateur du groupe.

Après avoir régné sur les nuits et les ondes de radio dakaroises dans les années 1970, Orchestra Baobab a fait une pause avant d’opérer un come-back spectaculaire au début des années 2000 et d’atteindre la renommée internationale. Pour Wilfried Zinsou, tromboniste et saxophoniste de la nouvelle génération, l’orchestre est un joyau national, qui rayonne en Europe et dans le monde quand il ne se produit pas au Sénégal. «Quand on va à Londres, à Paris, dans n’importe quel pays, on regarde le Sénégal à travers nous. On apporte la culture du Sénégal. (…) Donc Orchestra Baobab représente une identité pour le Sénégal», se réjouit-il.

Environ la moitié des douze morceaux de Made in Sénégal sont des compositions inédites, et la grande majorité des titres de ce nouveau disque n’a encore jamais figuré sur un album. Gorgoulou, terme wolof désignant celui qui travaille dur pour joindre les deux bouts, est un de ces titres inédits, écrit par Wilfried Zinsou. Composé par le guitariste de 37 ans «Bolero» Lagratte, Wida fait référence à l’un des plus grands ports négriers d’Afrique de l’Ouest, Ouidah (dans l’actuel Bénin) et sa «Porte du Non-Retour». Bolero Lagratte, premier arrivé de la nouvelle garde, a remplacé dans le groupe Barthélémy Attisso, décédé en 2021.

Certains des musiciens les plus emblématiques d’Orchestra Baobab, tels que les chanteurs et percussionnistes Balla Sidibé et Rudy Gomis, sont décédés au début des années 2020, peu de temps après le célèbre saxophoniste Issa Cissokho. Le dernier album du groupe, Tribute to Ndiouga Dieng, sorti en 2017, était un hommage à l’un de ses musiciens fondateurs disparu.

Depuis le bureau du manager du groupe, Taga Koité, le percussionniste fondateur, explique comment chaque nouveau musicien a su avec brio prendre la relève de ses prédécesseurs, en perpétuant cette «sonorité» si unique. Même aujourd’hui, «dès que la musique du Baobab commence, les gens se lèvent pour danser!», lance-t-il.

Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.