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[Théâtre] Clément Cogitore, explorateur de mémoire


Outre ses œuvres, visibles sur scène, dans des musées et collections privées, Clément Cogitore a réalisé deux films pour le cinéma. (Photo : afp)

Avec une mise en scène d’opéra à Aix-en-Provence, une installation vidéo à Arles et une exposition à Marseille, l’été est foisonnant pour le cinéaste et plasticien Clément Cogitore, qui explore la mémoire via des films d’archives amateurs.

Jeudi, Clément Cogitore met en scène La Flûte enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart, en ouverture du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, rendez-vous prestigieux et laboratoire pour l’opéra, qui s’achève le 21 juillet. C’est une deuxième confrontation à l’art lyrique pour l’artiste français de 42 ans, dont l’œuvre est déjà reconnue dans le cinéma et la réalisation. En 2019, il avait mis en scène Les Indes galantes, un opéra-ballet dans lequel, avec la chorégraphe Bintou Dembélé, il mariait la musique composée au XVIIIe siècle par Jean-Philippe Rameau à une danse urbaine, le krump, née dans les ghettos de Los Angeles dans les années 1990.

Il s’empare cette fois du célèbre opéra de Mozart composé en 1791, donné au Théâtre de l’Archevêché d’Aix, au côté, comme en 2019, de l’Argentin Leonardo García Alarcón à la baguette. Et un «cast merveilleux», parmi lequel les sopranos Sabine Devieilhe et Ying Fang, ou le ténor Mauro Peter, confie l’artiste dans son atelier parisien, en amont des répétitions.

Histoires de familles

C’est une œuvre où cohabitent «des registres très différents», entre «chœurs proches du Requiem», «musique populaire viennoise» et «airs d’opera seria virtuoses» (NDLR : opéra dramatique, par opposition à l’opéra bouffe), raconte-t-il. Lui voit dans cette œuvre un récit «de passage de l’enfance à l’âge adulte» et une histoire de famille, celle «d’une mère qui a perdu sa fille, enlevée par une figure paternelle».

Séduit par sa dimension «très séquencée», qu’il compare à des «cuts de montage» de films, Clément Cogitore a décidé de faire dialoguer l’œuvre de Mozart avec des images projetées, comme des «apparitions, façon lanterne magique». Pour cela, il a collecté des images d’archives et des images de scènes familiales tournées par des amateurs.

Dans le même esprit, il présentera une installation vidéo aux Rencontres de la photographie d’Arles (du 6 juillet au 4 octobre) : Memory Palace, un film de 35 minutes créé principalement à partir de «home movies», des «images d’archives amateurs, familiales des Trente Glorieuses». «Qu’est-ce que la caméra cherche à retenir, quand elle n’a pas de projet narratif et qu’elle cherche juste à saisir des instants de bonheur, de joie, à fixer un temps familial?», interroge-t-il dans cette installation qui se veut «une réflexion sur la mémoire de l’Occident».

Entre réel et fiction

Né à Colmar en 1983, petit-fils d’un grand-père cinéphile, fils d’un médecin de campagne et d’une infirmière, Clément Cogitore étudie aux Arts décoratifs de Strasbourg avant d’être diplômé du Fresnoy-Studio national des arts contemporains. Inspiré, entre autres, par le metteur en scène italien Romeo Castellucci ou le réalisateur britannique Steve McQueen, il reçoit le Prix Marcel-Duchamp en 2018 avec The Evil Eye, installation vidéo conçue déjà à partir d’images préexistantes, puisées dans les banques d’images et autres archives.

Sa filmographie, qui aborde la mémoire collective, les rituels, l’éphémère, oscille entre réel et fiction. «Certains films reposent sur un scénario avec des personnages dans une durée classique de long-métrage. D’autres, beaucoup plus expérimentaux, jouent avec des narrations plus elliptiques et se regardent mieux dans des musées», explique l’artiste. Ses deux longs-métrages de fiction sortis au cinéma – Ni le ciel ni la terre (2015), film de guerre teinté de fantastique, et Goutte d’Or (2022), sur l’histoire d’un voyant parisien – ont reçu plusieurs distinctions. Ses autres œuvres peuvent être vues dans des collections publiques ou privées (dont le Centre Pompidou et la Fondation Louis-Vuitton à Paris) et sont exposées au sein d’institutions renommées (Palais de Tokyo à Paris, MoMA à New York, Kunsthaus Baselland à Bâle…). Elles voyagent aussi dans de grandes biennales (Lyon, Berlin, Yokohama).

L’artiste fait aussi escale à Marseille pour cet été plein sud. Il expose, jusqu’au 20 septembre au Mucem, via des films, photos et documents d’archives, l’histoire de la mystérieuse île Ferdinandea, rocher basaltique créé en 1831 par l’activité volcanique sous-marine dans le canal de Sicile, qui sombra sous les flots six mois plus tard mais suscita curiosité et convoitises.

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