Malgré une vigilance rouge canicule et des températures frôlant les 30 °C à midi, le public a bravé la chaleur mardi à Luxembourg pour assister à un défilé militaire adapté mais fidèle à sa recette.
Avant même d’avoir débuté, cette journée de fête nationale promettait de rester dans les annales en raison de la canicule exceptionnelle qui touche le pays, toujours placé en vigilance rouge. Il y a dix ans jour pour jour, 31,7 °C avaient été enregistrés au Findel au plus fort de l’après-midi, soit une température jamais enregistrée pour un 23 juin. Jamais, jusqu’à ce mardi, puisque MeteoLux faisait état de prévisions entre 33 et 35 °C dans l’après-midi, surpassant largement le record de 2016. De quoi décourager le public d’assister au traditionnel défilé militaire dans la capitale? Bien que ce dernier soit organisé en fin de matinée avenue de la Liberté, il n’allait certainement pas échapper à la chaleur étouffante du jour. La parade a d’ailleurs été adaptée avec un parcours réduit, le port d’uniformes allégés et le retrait des animaux, notamment ceux des brigades cynophiles.
Malgré la crainte d’une désertion du public, il suffit de voir la foule qui rejoint l’artère principale de la capitale à une demi-heure du défilé afin de comprendre que les spectateurs répondront présents. Avec leurs casquettes des Rout Léiwen vissées sur la tête, Philippe et Dani sont unanimes : «Les gens ne veulent pas rater le défilé, c’est vraiment le meilleur moment de la fête nationale». «De toute façon, il fait chaud depuis des jours donc on n’est pas surpris, il faut juste s’équiper et s’hydrater surtout», rigolent-ils, un verre de bière à la main. Les deux copains se réjouissent du maintien du défilé, «alors que l’on a vu que Differdange et Contern ont annulé les leurs».
«J’ai de la peine pour ceux qui vont défiler»
Bien que le soleil se rapproche de son zénith, l’avenue de la Liberté est finalement loin d’être invivable à l’heure de midi. Au moment de la prise d’armes et de l’inspection des troupes, le ciel est plutôt voilé de nuages gris et un vent bienvenu traverse l’artère. Le thermomètre affiche tout de même 30 °C, ce qui pousse la majorité des spectateurs à se positionner du côté de la rue encore à l’ombre.
Le long des barrières, les miniventilateurs, les éventails et les gourdes isothermes sont de sortie. «On s’est préparés comme si on allait à la plage en Espagne», plaisante Dania, mère de famille, avec son sac à dos bien rempli. «Je pensais que ce serait pire niveau température,
finalement on ne souffre pas du tout une fois à l’ombre. Par contre, j’ai de la peine pour ceux qui vont défiler en uniforme, les pauvres», dit-elle.

Accompagné du chef de l’armée Steve Thull, le Grand-Duc Guillaume a procédé pour la première fois à l’inspection des troupes en amont du traditionnel défilé militaire du 23 juin. (Photo : fabrizio pizzolante)
Pendant ce temps, dans la poussette ou sur leurs deux jambes, les enfants attendent impatiemment le spectacle qui s’approche. Les voitures officielles arrivent devant la tribune et, parmi elles, celle du Grand-Duc Guillaume gagne facilement à l’applaudimètre. Puis, le triple «Vive» scandé par les militaires et l’hymne national marquent le début du défilé.
À la surprise de beaucoup de spectateurs qui ne l’attendaient pas, l’A400M de l’unité binationale belgo-luxembourgeoise ouvre le bal en survolant l’avenue, suivi de l’A330 MRTT. De retour au sol, les pelotons de l’armée, de la police et de la musique militaire marchent au pas sous l’œil impressionné du fils de Dania qui «veut être pompier ou policier quand il sera grand, comme beaucoup de petits garçons», rigole sa mère.
Entre débats et succès populaire
Dans des conditions toujours supportables, ce sont désormais les détachements motorisés qui s’enchaînent avec quelques véhicules impressionnants, dont les dernières acquisitions de l’armée : les blindés Griffon et CLV. Comme les autres pays membres de l’OTAN, le Grand-Duché s’est engagé à augmenter son budget alloué à la Défense et donc investit de plus en plus.
De quoi irriter quelque peu ce spectateur qui s’interroge : «Combien ça nous coûte encore tout ça?». L’homme ne se présente pas comme un farouche opposant à l’intervention militaire, mais «(il) trouve que l’on dépense trop d’argent pour un si petit pays». «C’est comme la nouvelle aide de 30 millions d’euros que l’on donne à l’Ukraine, ce n’est pas grand-chose pour des pays comme l’Allemagne mais pour nous c’est un budget! On pourrait le mettre dans autre chose, pour la sécurité dans le pays par exemple.»
À côté de lui, ses voisins acquiescent vaguement et continuent de suivre attentivement le défilé. Après un nouveau survol de l’A400M, c’est au tour des non-militaires de recevoir les chaleureux applaudissements du public : l’administration des Douanes et Accises, le CGDIS,
l’administration pénitentiaire et la Croix-Rouge luxembourgeoise.

Les impressionnants blindés de l’armée n’ont pas laissé indifférent les spectateurs. (Photo : fabrizio pizzolante)
Après plus d’une heure, c’est l’aubade de l’Union Grand-Duc Adolphe et sa trentaine de musiciens qui clôturent le défilé en musique, devant la tribune officielle où se trouvent la famille grand-ducale et les autorités. «C’était bien comme tous les ans, c’est important de rendre hommage à ces gens qui s’engagent pour nous», résume Marco, qui se dirige sans tarder vers la place de Metz où l’armée expose son matériel et discute avec le public, également convié à partager un pot de l’amitié et une collation offerte. Pour les familles notamment, c’est plutôt direction place de Paris où se trouvent quelques manèges et des stands de restauration très vite pris d’assaut, à la recherche d’un verre de fraîcheur ou d’une glace bien méritée.