Plus de 250 bénéficiaires de la Stëmm vun der Strooss ont profité ce lundi d’une journée à la Schueberfouer, une sortie organisée chaque année depuis 2011.
«La Schueberfouer, c’est un événement à ne pas manquer! » Ce lundi, plus de 250 personnes accompagnées par la Stëmm vun der Strooss ont pu profiter des manèges, des attractions et de l’ambiance de la Schueberfouer. Une parenthèse festive qui permet, le temps d’une journée, de mettre les difficultés quotidiennes de côté, mais pas seulement.
«C’est aussi pour montrer aux autres que nous sommes des humains à part entière», explique ainsi José Del Rio, membre de la Stëmm. «C’est très important que les gens voient qu’on essaie de faire quelque chose pour eux. On sera sur un pied d’égalité aujourd’hui, avec tous les autres.»
L’opération est devenue une tradition pour l’association, qui organise cette sortie chaque année depuis 2011. Les trois restaurants de la Stëmm, à Hollerich, Ettelbruck et Esch-sur-Alzette, participent à l’événement.
Pour Alexandra Oxacelay, directrice de la structure associative, l’objectif est précisément de permettre aux personnes précaires de prendre part à des événements auxquels elles n’auraient pas forcément accès seules. «Le but de cette opération, c’est de pouvoir faire profiter nos clients de la même chose que ce dont le reste de la population profite», explique-t-elle. «Si on veut qu’il fasse pleinement partie de la société, il faut aussi leur donner la possibilité de participer à des événements comme celui-ci.»
Au-delà des manèges, la sortie offre surtout un moment de convivialité. «Beaucoup de gens sont intéressés, ça leur change leur quotidien. Ils oublient leurs problèmes l’espace d’un moment», poursuit la directrice. Certains participants sont désormais des habitués, tandis que d’autres découvrent pour la première fois cette tradition populaire luxembourgeoise.
«Je n’aurais pas pu venir sans la Stëmm»
C’est justement le cas de Marie-Lou, 60 ans «et toutes ses dents» . Elle se promène pour la première fois dans les ruelles de la Fouer et c’est la possibilité de participer à ce type d’activité qui, pour elle, fait toute la différence. Bénéficiaire de la Stëmm depuis trois ans, elle vit seule et dispose de moyens limités. «On est toujours gâtés par la Stëmm, ils pensent toujours à nous et ça fait vraiment plaisir de pouvoir participer à ces festivités», témoigne-t-elle.
«Je n’aurais pas pu venir sans eux, je le dis ouvertement parce que j’ai uniquement ce qu’il faut pour vivre.» Elle profite également régulièrement du restaurant social de l’association, qu’elle préfère d’ailleurs appeler simplement «restaurant» : «Pour moi, c’est un restaurant tout court, j’y mange très très bien!», lance-t-elle dans un éclat de rire.
Pour elle, cette journée représente aussi une forme de reconnaissance. «On remercie aussi la Ville et la Schueberfouer, qui nous permettent d’avoir accès à des choses gratuites, et c’est très important quand on est précaires. On se sent reconnus, accueillis et ça c’est super important.»

Benoit (à gauche), Marie-Lou et Faizan ont pu profiter de la Schueberfouer lundi après-midi. (Photo : alain rischard et sophie wiessler)
Benoît, 41 ans, connaît lui aussi les difficultés auxquelles sont confrontées certaines personnes accompagnées par l’association. Il a vécu quatre ans dans la rue, avant de retrouver une situation plus stable. «J’adore la Fouer, je viens assez souvent. C’est un amusement, on est réunis», raconte-t-il. Il dit soutenir pleinement les associations qui l’ont aidé, comme la Stëmm vun der Strooss, Streetwork ou encore la Croix-Rouge.
«Ce n’est pas facile pour tout le monde, mais il y a une possibilité de s’en sortir», estime-t-il. Pour cette journée, il compte profiter des attractions, manger, tenter de gagner une peluche pour sa compagne et repérer les manèges qu’il pourra faire avec sa fille dimanche prochain.
«La vie est belle»
Pour Faizan Rehmat, 44 ans, cette Schueberfouer est aussi une première. Arrivé au Luxembourg il y a moins d’un an comme demandeur d’asile, il est reconnaissant d’avoir pu participer à cette sortie et ne cesse de regarder autour de lui d’un air émerveillé.
«Je n’oublierai pas cette gentillesse», confie-t-il lorsque nous l’abordons. Professionnel de la cuisine et ancien étudiant au Japon, où il vivait avant son arrivée au Luxembourg, il explique avoir connu une période particulièrement difficile depuis son départ. «Quand je suis arrivé ici, j’étais en dépression. Vous pouvez imaginer : vous êtes installé dans un pays, vous parlez une autre langue et, soudain, votre vie change à 180 degrés en moins de 24 heures.»
Aujourd’hui, il veut profiter de cette journée autrement. «Je suis ici pour voir les gens sourire, profiter. La vie est belle.», glisse-t-il dans un sourire. Et il assure vouloir, à son tour, aider les autres : «Je suis très motivé et j’ai prévu de faire du bénévolat dès que je le pourrai.»
Pour financer ces moments, la Stëmm s’appuie notamment sur ses donateurs et sur ses partenaires. Le restaurant Kessel soutient l’opération depuis onze ans, tandis que la Friture Joslet y participe depuis trois à quatre ans. Une partie des activités est également financée par le ministère de tutelle, la Stëmm complétant le financement grâce à son budget de dons.
Une manière, pour l’association, de faire de la Schueberfouer bien plus qu’une simple sortie récréative : pendant quelques heures, ses bénéficiaires peuvent eux aussi prendre part à l’une des grandes traditions populaires du Luxembourg.