Accueil | A la Une | Face au désastre, un Népalais de Luxembourg appelle à «agir»

Face au désastre, un Népalais de Luxembourg appelle à «agir»


Gurung est né au Népal et se mobilise, depuis Luxembourg, pour apporter son aide aux familles sinistrées. (Photo : Julien Garroy)

Depuis Luxembourg, où il vit depuis 30 ans, Gurung suit avec douleur la catastrophe qui ravage son pays natal et tente, avec la communauté népalaise, de transformer son impuissance en solidarité.

Voilà déjà six ans que Gurung n’est pas retourné au Népal. Des problèmes de santé l’en empêchent. Mais ces derniers jours, la distance qui sépare le Luxembourg de son pays natal lui paraît plus difficile que jamais à supporter. «Je suis né là-bas. Et bien sûr, mon cœur, mon âme, mon esprit, tout est là-bas», confie ce Népalais de 59 ans, installé au Luxembourg depuis 1996.

Il a découvert la catastrophe qui a touché le Népal il y a huit jours, sur son téléphone portable, un matin après être allé marcher. «Quand je suis rentré à la maison, j’ai regardé mon téléphone. Et là, j’ai vu toutes les notifications qui disaient que le Népal était sous les eaux.» Très vite, il comprend l’ampleur du désastre : «C’était une catastrophe incroyable, inimaginable.»

Lui qui dirige depuis 25 ans un restaurant dans le quartier Gare de la capitale n’a pas de proches situés dans cette zone sinistrée. Mais il pense surtout aux familles qui ont vu leurs maisons, leurs cultures et leurs animaux emportés par les eaux, et qui ont parfois aussi perdu des proches. «Ils ont tout perdu en somme», résume-t-il, résigné.

Une collecte lancée au Luxembourg

Et derrière les chiffres du bilan, qui ne cessent d’augmenter au fil des jours, lui voit surtout des besoins très concrets : «Ils ont besoin de médicaments, d’eau potable, de nourriture. Il faut aussi reconstruire leurs maisons», énumère-t-il, les yeux rivés sur une feuille de papier où il a noté les points importants à nous fournir lors de notre entretien.

Car s’il ne peut pas se rendre sur place, il s’active, même à distance. «Physiquement, je ne peux rien faire là-bas. Mais ce que je peux faire, c’est essayer de les soutenir financièrement depuis Luxembourg.» Alors Gurung s’active ici. Avec les autres membres de la communauté népalaise du Luxembourg, il a ainsi lancé une collecte.

Pour Gurung, il faut envoyer d’urgence de l’aide médicale au Népal. (Photo : afp)

Au moment de notre entretien, près de 20 000 euros avaient déjà été récoltés. «Nous faisons tout ce que nous pouvons. Nous parlons à nos collègues, allons de porte en porte, contactons des organisations, des ONG. Partout où nous pouvons agir, nous essayons de faire de notre mieux», explique-t-il.

La communauté népalaise du Luxembourg ne compte que quelques centaines de personnes, entre 500 et 600, selon les chiffres communiqués par Gurung. Mais pour lui, cette mobilisation a une valeur particulière. «Nous ne sommes pas très nombreux, c’est vrai, nous ne sommes que quelques centaines. Mais même si vous n’avez rien à leur offrir là-bas, vous pouvez quand même les soutenir, en parlant de ce qui se passe autour de vous», assure-t-il.

«Il faut se réveiller»

Il n’aura de cesse de le répéter au cours de notre interview : la compassion ne suffit plus désormais, il faut agir. «Nous sommes dans la douleur, nous sommes très tristes évidemment, mais nous ne devons pas rester là sans rien faire. Nous devons réagir et agir», martèle-t-il à plusieurs reprises.

Gurung adresse ainsi un message aux Luxembourgeois et au reste de la communauté internationale : «Je demande humblement d’aider, autant qu’ils le peuvent.» Il ne réclame pas nécessairement des sommes considérables : «Une petite contribution peut faire une très grande différence», assure-t-il.

Cette demande d’aide immédiate (nourriture, eau, médicaments, abris temporaires, matériel de secours) se double chez lui d’une inquiétude pour l’avenir. Car Gurung ne considère pas la catastrophe qui vient de se produire dans son pays comme un simple accident isolé. Pour lui, elle illustre la vulnérabilité croissante de l’Himalaya face au dérèglement climatique.

«Notre environnement change et cela affecte particulièrement un pays himalayen comme le Népal», estime-t-il. Il évoque ainsi la fonte des neiges, de plus en plus rapide, et la perspective de catastrophes toujours plus difficiles à anticiper. «Nous ne pouvons plus attendre un seul jour. La neige fond et cela pourrait devenir encore pire.»

Le bilan toujours très provisoire de la catastrophe n’en finit pas de s’aggraver. (Photo : afp)

Il y voit aussi une profonde injustice. «Le monde produit énormément de pollution et c’est le Népal qui souffre.» Un pays qu’il décrit comme petit, avec peu d’industries, pris en étau entre la Chine et l’Inde, et qui, finalement, paie le prix des gros pollueurs qui l’entourent.

Pour lui, le constat est sans appel : «C’est très, très injuste, ce qui se passe. Nous vivons uniquement entourés de montagnes et de forêts, nous n’avons même pas de grandes technologies! Et pourtant, nous payons le prix de plus grands pays que nous.»

Cette vulnérabilité doit aussi, selon lui, conduire les Népalais à revoir la manière de reconstruire, après cette catastrophe. «Si on reconstruit les maisons, il ne faut pas le faire près des rivières ou dans les endroits où il y a beaucoup d’eau.»

Car pour lui, reconstruire à l’identique serait prendre le risque de revivre le même drame. «Il faut d’abord identifier les zones les plus sûres», assure-t-il.

«Même de loin, nous pouvons aider»

Gurung sait que le chantier sera immense. Il doute même que le Népal soit réellement préparé aux catastrophes qui pourraient suivre. «Nous ne pouvons pas tout contrôler, ce sont des phénomènes qui vont se répéter. Je pense que nous avons perdu le contrôle de notre environnement. Et maintenant, il nous met au défi. C’est un défi majeur. Mais il vaut mieux essayer de faire quelque chose plutôt que rien du tout.»

Son espoir, il le place donc moins dans les capacités du Népal à faire face seul que dans la solidarité internationale. «Le Népal a vraiment besoin d’un soutien international et d’efforts de secours coordonnés.» Il le répète comme un message à ceux qui, à des milliers de kilomètres, pourraient se sentir trop éloignés pour être utiles. «Même si nous ne sommes pas là physiquement, nous pouvons soutenir financièrement, c’est sûr.»

Et lorsqu’on lui demande ce qu’il voudrait que le monde retienne de ces journées, il revient finalement à un mot. Très simple. Solidarité. «Nous avons besoin d’aide et de solidarité. Surtout de solidarité.»

Le défi de l’aide aux sinistrés

Au défi des secours, des évacuations et de l’identification des victimes s’est ajouté celui de l’aide. Huit jours après la crue dévastatrice qui a frappé le Népal et la Chine, l’ONU a insisté sur les difficultés de ravitailler les dizaines de milliers de sinistrés.

Le bilan toujours très provisoire de la catastrophe n’en finit pas de s’aggraver, à 1 273 morts (1 252 sur le sol népalais et 21 dans le territoire chinois du Tibet) et 4 757 disparus (respectivement 4 216 et 541), selon les derniers chiffres officiels.

Parmi les personnes portées manquantes figurent environ 800 étrangers, touristes, pèlerins ou ouvriers.

Les autorités népalaises, citées par l’ONU, ont dénombré en outre près de 85 000 sinistrés, privés désormais de toit par le déferlement le 26 août de l’immense vague d’eau, de glace et de débris causée par l’effondrement d’un glacier et d’une partie de la montagne.

Lors d’un point d’information devant les diplomates étrangers, le ministre népalais des Affaires étrangères, Shisir Khanal, a évoqué un «tsunami himalayen».

«La magnitude du désastre, la magnitude des destructions sont tout simplement inimaginables», a renchéri face à la presse Lila Pieters Yahia, coordinatrice des agences onusiennes à Katmandou.

La crue a emporté sur son passage bâtiments, ponts, routes et infrastructures de la région, notamment les barrages hydroélectriques en service ou en chantier, désormais ensevelis sous une mer de boue.

«L’accès (aux sinistrés) reste très, très, très difficile, a relevé Lila Pieters Yahia, il y aura toujours des brèches ici et là, mais nous faisons tous de notre mieux».

Dans les secteurs les plus isolés, le ravitaillement en nourriture, en eau et en équipement n’est possible que par hélicoptère, par drone et, si nécessaire, par porteur, dans la tradition des sherpas himalayens.

«Le Népal a mobilisé toutes les ressources possibles, mais nous reconnaissons que l’ampleur et la complexité de ce désastre requièrent le soutien et la solidarité internationales», a déclaré le porte-parole de la diplomatie népalaise, Lok Bahadur Poudel Chhetri.

Entre autres besoins urgents, il a énuméré pêle-mêle drones gros-porteurs, ponts de secours, sacs mortuaires ou kits d’identification ADN.

Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.