Le mercure monte et menace la santé de nombreux travailleurs. Pourtant, les effets du dérèglement climatique ne sont toujours pas considérés comme facteurs de maladies professionnelles malgré une motion de la Chambre en 2025.
C’est un fait établi : les records de chaleur tombent les uns après les autres, et les autorités redoublent de messages de prévention auprès du public. Pourtant, certains groupes de travailleurs sont exposés quotidiennement aux dangers des températures extrêmes provoquées par le changement climatique. Or, le tableau des maladies professionnelles, déterminé sur proposition d’une commission supérieure, n’a pas évolué depuis une dizaine d’années. L’Association d’assurance accident (AAA) précise sur son site que ce tableau ne peut contenir que «des maladies qui, d’après les connaissances médicales, sont causées par des influences spécifiques». À savoir, cinq catégories de risques : les maladies provoquées par des agents chimiques, par des agents physiques, par des poussières minérales, les maladies infectieuses, parasitaires ou tropicales, et les affections cutanées. Le dérèglement climatique n’y a jamais été intégré.
Tandis que le jour le plus chaud jamais enregistré en France vient d’être officiellement reconnu, et à l’aube d’un nouvel été qui s’annonce caniculaire, la question des maladies causées par les effets du changement climatique devrait devenir centrale dans les années à venir. Et fait déjà partie du paysage quotidien à la lecture des bulletins de MeteoLux, qui dans son alerte jaune pour ce mardi a averti qu’«un stress thermique modéré est attendu» et que «la fatigue et l’épuisement dus à la chaleur sont possibles en cas d’exposition prolongée ou d’activité physique».
La question parlementaire que Marc Baum a déposée le 28 avril dernier prenait alors tout son sens. Il y a tout juste un an, le 15 mai 2025, la Chambre des députés avait voté une motion demandant au gouvernement de s’engager au sein de la Commission supérieure des maladies professionnelles pour une prise en compte des pathologies causées par le dérèglement climatique (auxquelles certains travailleurs sont particulièrement exposés) en vue d’une modification du tableau des maladies professionnelles reconnues. «Combien de réunions ont eu lieu?» et «quelles en sont les conclusions et les suites envisagées?» s’interroge alors légitimement le député déi Lénk.
Travaux en cours
Si la ministre de la Santé et de la Sécurité Sociale, Martine Deprez, ne répond pas à la première question, elle précise toutefois que «des travaux d’analyse et de recherche sont actuellement menés au sein de l’Association d’assurance accident», concernant «notamment les pathologies liées à l’exposition aux rayonnements ultraviolets ou encore les nouvelles maladies infectieuses vectorielles». Car certaines maladies tropicales ou endémiques pourraient parvenir jusqu’au Grand-Duché, à l’image des arrivées sur notre sol du moustique tigre ou du frelon asiatique. Le tableau des maladies professionnelles fait donc, selon la ministre, «l’objet d’un réexamen», pour étudier la possibilité d’en «compléter le contenu afin de tenir compte de l’évolution des connaissances médicales, des conditions de travail et des risques professionnels émergents».
Et la réponse à la question parlementaire s’achève par la perspective d’une réunion : «Dès que ces conclusions seront finalisées, une réunion de la Commission supérieure des maladies professionnelles sera convoquée en vue d’une éventuelle adaptation du tableau des maladies professionnelles», conclut la ministre. Ce qui tend à indiquer au député déi Lénk que non, en un an, aucune réunion ne se serait tenue depuis le vote de la motion à la Chambre. De son côté, contactée par la rédaction, l’AAA n’a pas été en mesure de confirmer les travaux d’analyse et de recherche. Sommes-nous en retard sur la question du changement climatique? Le Premier ministre Luc Frieden avait esquissé un premier élément de réponse dans son discours sur l’état de la Nation : avec la conjoncture internationale et ses conséquences économiques, «même les défis qu’aucun pays ne peut relever seul passent au second plan sur la scène internationale, comme le changement climatique».