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[Cinéma] «Garance» : ivresse amoureuse


(Photo : chi-fou-mi productions/trésor films)

La réalisatrice Jeanne Herry pose son regard humaniste sur la vie d’une comédienne qui oscille entre son addiction à l’alcool et un amour naissant. Avec un duo de comédiennes irrésistibles. 

Après sa projection en mai au festival de Cannes où il était en compétition, des médias se sont emballés. Certains ont vu dans Garance un éventuel vainqueur pour la Palme d’or, tandis que d’autres défendaient l’énorme prestation d’Adèle Exarchopoulos, candidate à leurs yeux au prix d’interprétation féminine. Il se seront tous trompés, en dehors d’un point : le film de Jeanne Herry a de la carrure et de la tenue, à l’image de ses deux précédentes œuvres, Pupille (2018) et Je verrai toujours vos visages (2023). 

Moins collée à une approche documentaire qui a fait son succès et sa renommée, la réalisatrice, fille de Miou-Miou et Julien Clerc dans le privé, déroule ici une fiction avec, comme fil rouge, le portrait d’une jeune femme, Garance, dont la vie est rythmée par sa vie de comédienne, ses amis et les fêtes où le vin blanc coule à flot. Elle s’ennuie un peu avec son compagnon et tente alors de faire avancer sa carrière d’artiste, s’appuyant de plus en plus sur la béquille de l’alcool.

La précarité de la vie d’actrice, «ce serait un peu honteux de me reconnaître là-dedans», confie Adèle Exarchopoulos, qui retrouve là Jeanne Herry après son rôle, puissant, dans Je verrai toujours vos visages sur le thème de la justice restaurative. «Mais je partage avec Garance le fait d’être très habituée au côté nomade des troupes, au côté très collectif», concède-t-elle avant de lâcher : «Chaque acteur a déjà traversé une phase où tu te dis Iimagine, il n’y a plus rien après »», reconnaissant la fragilité d’une profession qui, malgré son charme, désarme par son insécurité. 

Actrice, «c’est un métier que j’aime beaucoup!», assure pour sa part la cinéaste qui, plus qu’un film sur l’alcoolisme, voulait d’abord faire le portrait d’une comédienne et d’une fille de son temps. «Les gens connaissent mal ce métier. Le jeu, c’est un artisanat, un art très singulier. Ça implique un mode de vie vraiment très fragilisant et très instable par nature», poursuit Jeanne Herry. Dans le film, Garance navigue en effet entre pièces de théâtre pour enfants et doublages de séries B américaines pour joindre les deux bouts.

L’alcool, c’est à la fois une bouée et un parpaing

Le choix de mettre à l’écran Adèle Exarchopoulos a en tout cas été une évidence pour Jeanne Herry. «Elle provoque l’empathie directement, l’attachement. Pourquoi? Je ne sais pas, c’est elle, c’est sa nature!», livre la réalisatrice. Adèle Exarchopoulos a rencontré des femmes souffrant d’addiction à l’hôpital de Villejuif pour nourrir son personnage. Comme Garance, elles ont «peur d’exister sans l’alcool. De se dire « Mais sans, je vais mourir en fait »», raconte encore l’actrice.

«C’est un mécanisme qui me fait peur, que j’ai vu autour de moi», explique Jeanne Herry. «Les films, ça me permet de comprendre des choses du monde, de moi-même», poursuit-elle. C’est aussi pourquoi la réalisatrice vise plus large et a su éviter, selon sa comédienne, «tous les pièges que tendait un film où il est question d’addiction. D’ailleurs, elle traite autant cette problématique que celle de l’amour du jeu, de la vie d’une troupe de théâtre ou du quotidien… Cette jeune femme est certes dépendante de l’alcool, mais c’est aussi une bonne actrice, une sœur aimante, une amie fidèle et une amoureuse».

(Photo : chi-fou-mi productions/trésor films)

Dans cette traversée qui coule sur huit années, où la cinéaste épluche «tous les compartiments de la vie de son personnage – sentimentaux, familiaux, amicaux, professionnels…», un autre vient s’ajouter à cette marche, parfois éprouvante, en avant : celui incarné par Sara Giraudeau (qui s’est faite un nom grâce à la série Le Bureau des légendes), alias Pauline, qui va tenter de «réparer» Garance après un coup de foudre mutuel. «Adèle est très cool, très nature. Nous étions toutes les deux dans l’accueil l’une de l’autre, dans la curiosité et l’envie de partage», soutient-elle. 

La réalisatrice prend le relais : «C’est un film qui interroge beaucoup l’acte d’aimer, au-delà du sentiment amoureux, de l’attirance pour quelqu’un, du trouble, de la vibration…Qu’est-ce que donner de l’amour à quelqu’un? Est-ce une preuve d’amour que d’être jaloux? Pourquoi a-t-on associé le sentiment de propriété et la volonté de contrôle à l’amour?», dit-elle. «La relation de Garance et Pauline me permet en tout cas de raconter ça : l’intensité dans la douceur.» Avant de conclure : «Garance est donc le portrait d’une femme, mais c’est également celui d’une histoire d’amour». 

Garance, de Jeanne Herry.

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