Du pastel, de la douceur et la voix enveloppante de la chanteuse November Ultra : avec Summerland, le danseur et chorégraphe Benjamin Millepied livre un ballet au goût de bonbon.
Présentée en avant-première mondiale jeudi à Biarritz, en ouverture du festival Le temps d’aimer la danse, la nouvelle création de Benjamin Millepied est une succession de tableaux pour duos ou de groupe, qui réunit pendant 70 minutes sur scène des danseurs aux tenues pastel et la chanteuse française November Ultra, en robe de tulle, qui y chante, danse, joue du piano et de la guitare. Le spectacle Summerland, qui s’est déroulé en présence de la ministre française de la Culture, Catherine Pégard, a été longuement applaudi par le public.
Dans cette nouvelle création, Benjamin Millepied intègre la révélation féminine des Victoires de la musique en 2023, November Ultra, «à une communauté de danseurs», dans des moments «d’intimité» autour d’une artiste «qui chante sa vie». «Pour moi, ce n’était pas très intéressant qu’elle soit juste derrière son piano ou sa guitare», dit le chorégraphe. La voix envoûtante de l’interprète, aux accents parfois nostalgiques, appuyée par un jeu de lumière d’une grande douceur, inspire le sentiment diffus d’être entré dans un bonbon Arlequin, coloré et acidulé.
Clin d’œil
Cette atmosphère est directement inspirée par la ville de Summerland, au nord de Los Angeles, en Californie, où Benjamin Millepied a vécu. «J’y passais très souvent en voiture et je me disais : « Quel beau nom pour un ballet »», explique-t-il. Cette ville de la côte Pacifique, limitrophe de Santa Barbara, est un lieu «merveilleux, d’harmonie, de rapport à la lumière et à la nature», que le chorégraphe a retrouvé dans la musique de November Ultra.
Ce titre est aussi un clin d’œil à son mentor, Jerome Robbins (1918-1998), immense danseur, chorégraphe, metteur en scène et réalisateur américain, que Benjamin Millepied a connu à son arrivée au New York City Ballet, en 1995. En 1972, le chorégraphe de West Side Story (et coréalisateur du film de 1961) avait intitulé son ballet Watermill, du nom d’une petite ville des Hamptons, dans l’État de New York, «par laquelle il passait souvent».
Présenter trois grandes pièces en une saison, c’est un cadeau
Benjamin Millepied
Revenu en France après plusieurs années passées aux États-Unis, Benjamin Millepied innove dans les formes, après avoir déjà chorégraphié une cinquantaine de ballets ou revisité Carmen au cinéma. Avec sa pièce Grace : Jeff Buckley Dances (2024), consacrée au rockeur américain décédé à 30 ans en 1997, il avait mêlé danse, vidéo et littérature. Il avait ensuite chorégraphié une ode à la chanteuse Barbara, dans sa création Du bout des lèvres. «J’explore et ensuite je passe à autre chose. Il y a eu beaucoup de chansons récemment, mais c’est un moment, ce n’est pas une direction dans laquelle je vais rester, c’est simplement des artistes qui m’ont touché», commente-t-il. Ce travail «sur les mots», il le poursuivra encore un peu, en avril, à la Philharmonie de Paris, avec Liebeslieder, ballet inspiré d’œuvres de Brahms, composées entre 1869 et 1874 à partir des textes de Georg Friedrich Daumer.
En novembre, Summerland sera programmé aux Folies Bergères de Paris, tout comme Barbara, du bout des lèvres et son cabaret Move Me Once More. «Présenter trois grandes pièces en une saison à Paris, c’est un moment de vie génial, je ne sais pas si ça se reproduira de cette manière-là, donc c’est un cadeau», sourit l’artiste.