Les Houthis, galvanisés par leurs récentes avancées, ont de nouveau frappé lundi des cibles militaires dans l’Arabie saoudite voisine. L’Iran dément toute implication dans ce conflit.
Le mouvement houthi a infligé ces derniers jours d’importants revers aux forces gouvernementales yéménites et à leur allié saoudien, renforçant au terme d’une offensive éclair leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb, passage stratégique reliant l’Europe à l’Asie. Ils ont aussi visé les infrastructures pétrolières de l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, faisant grimper les prix du pétrole au-dessus du seuil symbolique de 100 dollars.
Lundi, ces combattants pro-iraniens ont revendiqué une nouvelle attaque «de grande envergure» au moyen de «dizaines de missiles balistiques et de drones» contre la base aérienne de King Khalid à Khamis Mushait dans le sud du royaume saoudien.
La veille, Ryad avait riposté par une cinquantaine de frappes selon les Houthis, qui jouent un rôle clé au sein de «l’axe de la résistance», constellation des groupes armés soutenus par la République islamique à travers la région.
Dans ce contexte tendu, l’Arabie saoudite a demandé le report d’une rencontre avec l’Iran, censée réunir lundi à Oman les pays du Golfe, selon la diplomatie iranienne.
«Invoquer la question yéménite comme raison (du report) est un faux prétexte», a estimé le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, lors d’une conférence de presse à Téhéran. «L’Iran n’intervient pas dans les affaires yéménites», a-t-il assuré, affirmant que les Houthis étaient «des acteurs totalement indépendants (qui) prennent leurs décisions en fonction de leurs propres intérêts».
«Un nouvel équilibre des pouvoirs»
«Malgré les fortes pressions exercées par les États-Unis, l’Iran conserve un contrôle relatif sur Ormuz», souligne l’analyste politique Maziar Khosravi. Parallèlement, les derniers développements au Yémen «ont instauré un nouvel équilibre des pouvoirs dans la région et même à l’échelle internationale».
Cette réunion devait porter sur l’avenir du détroit d’Ormuz, autre détroit clé pour le commerce mondial d’hydrocarbures, que l’Iran verrouille depuis des mois.
L’Arabie saoudite est sous pression, entre les attaques des Houthis et ses pétroliers désormais sous la menace dans les deux détroits entourant son territoire. Son oléoduc Est-Ouest, voie d’exportation de brut cruciale pour contourner le blocage d’Ormuz, est aussi à l’arrêt après des attaques de drones venues d’Irak selon Ryad.
Les avancées des Houthis ont aggravé «une crise que les États du Golfe jugeaient déjà intenable. Avec Ormuz entravé et Bab el-Mandeb de plus en plus vulnérable, la désescalade devient un impératif économique», estime Ali Vaez, du centre de réflexion International Crisis Group.
Après des années d’accalmie, le Yémen a été entraîné en juillet dans le conflit régional déclenché par l’offensive américano-israélienne contre l’Iran fin février.
Les combats de ces dernières semaines dans l’ouest du Yémen ont fait des centaines de morts et ont déplacé près de 86 000 personnes selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).