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Un nouveau collègue

On nous a promis l’apocalypse. Des millions d’emplois rayés de la carte, des bureaux vidés de leurs salariés, une génération sacrifiée sur l’autel de l’intelligence artificielle.

Pour l’instant, l’apocalypse attendra. The Economist vient même de prendre le contrepied du scénario catastrophe : aux États-Unis, l’IA aurait contribué à créer environ un million d’emplois. Pas exactement le grand remplacement annoncé.

Faut-il pour autant sabrer le champagne? Non. Car derrière les chiffres, une transformation silencieuse est bel et bien à l’œuvre. Et le Luxembourg en offre déjà un aperçu.

Une étude de Morgan Philips sur le marché local de l’emploi lié à l’IA décrit un secteur encore jeune, mais où les profils les plus recherchés peuvent déjà prétendre à des salaires de 200 000 euros bruts annuels. AI engineers, architectes, experts en cybersécurité, responsables de stratégie : la rareté se paie cher.

Mais le plus intéressant n’est peut-être pas là. L’IA ne semble pas arriver pour remplacer l’informatique, la finance ou les ressources humaines. Elle vient s’y greffer. Comme une nouvelle couche. Une expertise supplémentaire, qui oblige les entreprises à repenser leur manière de travailler.

C’est peut-être là, le vrai sujet. Nous nous demandons sans cesse si l’IA va prendre notre place. Mais la question pourrait être inversée : quelle place allons-nous lui donner?

Car s’allier avec l’IA n’a rien d’anodin. Une machine qui traduit, résume ou code plus vite que nous peut nous libérer de tâches absurdes, c’est vrai. Elle peut aussi nous rendre dépendants, appauvrir certaines de nos compétences, uniformiser nos idées et donner un avantage considérable à ceux qui maîtrisent ces outils…

Le Luxembourg a donc une carte à jouer. Mais il ne suffira pas d’attirer quelques experts à 200 000 euros. Il faudra apprendre au plus grand nombre à travailler avec ces nouveaux collègues. À comprendre leurs limites. Les contrôler. Et parfois aussi, leur dire non.

L’IA ne sera peut-être ni notre bourreau, ni notre sauveur. Elle sera ce que nous déciderons d’en faire. À condition, justement, de ne pas le laisser décider à notre place.

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