Sécheresse, tempêtes, pluies diluviennes… Face au changement climatique, les jardins à l’anglaise, parmi les sites les plus visités du Royaume-Uni, perdent de leur superbe. Pas le choix : ils doivent s’imaginer un autre futur.
Un patrimoine vert sous la menace du climat : dans les jardins historiques du palais d’Hampton Court, au sud-ouest de Londres, le jardinier en chef Graham Dillamore arpente avec amertume une pelouse grillée par le soleil, devenue un triste tapis beige. «Si nous avons un été comme celui-ci l’année prochaine, mon Dieu, ce sera difficile», prévient celui qui entretient depuis plus de vingt ans les espaces verts de ce palais de briques rouges, jadis la résidence favorite du roi Henri VIII.
Imaginés par de célèbres paysagistes comme Lancelot «Capability» Brown et William Kent, les jardins de grandes demeures telles Hampton Court et Blenheim Palace (au nord-ouest d’Oxford) figurent parmi les sites les plus visités du Royaume-Uni. Mais ces parcs, vieux de plusieurs siècles, et leurs arbres subissent de plein fouet la sécheresse sans précédent qui a frappé l’Angleterre cet été, alimentée par des vagues de chaleur à répétition et une absence quasi-totale de pluie.

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Sur place, les jardiniers interrogés ne culpabilisent pas de présenter aux visiteurs des pelouses devenues couleur paille, estimant que ces derniers comprennent la situation. Mais ils craignent que les vagues de chaleur à répétition ne changent à jamais l’esprit des lieux. «Nous perdons des arbres adultes et c’est tragique dans un jardin historique», se lamente ainsi Graham Dillamore, qui supervise également les jardins du palais londonien de Kensington.
Rosie Fyles, la responsable des jardins de Chiswick House, dans l’ouest de Londres, dresse le même triste constat. Les arbres les plus touchés sont ceux «que nous associons vraiment à un jardin ou à un paysage anglais», comme «les chênes, les sycomores, les bouleaux et les tilleuls», explique-t-elle. Dans ces jardins du XVIIIe siècle, les équipes arrosent les camélias et les lilas qui dépérissent. Mais il n’est pas réaliste d’en faire autant pour les arbres, soulignent les professionnels. D’autant que les réserves d’eau de pluie sont épuisées depuis des mois.
Aujourd’hui, nous entrons en territoire inconnu…
«On ne peut pas intervenir tout le temps et tout contrôler», souligne-t-elle. «Nous devons réfléchir à ce que nous allons planter à l’avenir et aux arbres qui pourront s’adapter au climat de demain.» Tout aussi impuissant, Graham Dillamore estime qu’aujourd’hui, «nous entrons en territoire inconnu». Sécheresse, tempêtes, pluies hivernales diluviennes favorisant parasites et champignons : l’ensemble des jardins historiques étudiés cette année par le National Lottery Heritage Fund, qui finance la protection du patrimoine britannique, subissent le dérèglement climatique, assurent leurs gestionnaires.
Ils sont «vraiment en première ligne face au changement climatique», juge Drew Bennellick, le responsable des espaces naturels à l’Heritage Fund, ajoutant que «les changements se produisent désormais très rapidement». «Nous avons vu des sites perdre 80 % de leur couvert», confirme-t-il. Selon les chercheurs des Royal Botanic Gardens de Kew, 50 % de leurs propres arbres pourraient dépérir d’ici à 2090. Les jardins historiques «doivent être protégés et préservés», considère Graham Dillamore. Cela suppose «des décisions très, très difficiles», reconnaît-il.

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Certains sites se tournent vers des espèces méditerranéennes, avec «davantage de graminées et de plantes herbacées vivaces capables de résister à la sécheresse», explique encore Drew Bennellick. À Hampton Court, la paysagiste Ann-Marie Powell a elle aménagé des parcelles d’essai avec des plantes capables de supporter de fortes températures, notamment des plantes Siskiyou Pink originaires du sud des États-Unis. Plantées en avril, elles restent vigoureuses malgré l’absence d’irrigation automatique.
Autre évolution : Hampton Court et Chiswick House se montrent plus tolérants envers les mauvaises herbes. De son côté, la Royal Horticultural Society, une organisation caritative consacrée au jardinage, envisage de déplacer une partie de ses hortensias, éprouvés par la chaleur, du Surrey, au sud-ouest de Londres, vers d’autres régions d’Angleterre. Mais l’adaptation a ses limites. «Les jardins racontent l’histoire d’Hampton Court tout autant que le palais… Je ne peux donc pas plier bagage et les déplacer», souligne Graham Dillamore. «Nous devons préserver leur atmosphère, l’esprit du lieu.»