Activé pour la quatrième fois depuis sa création, le plan canicule a enregistré un bond des inscriptions en 2026, alors que le gouvernement réfléchit à élargir le dispositif aux personnes vulnérables aujourd’hui non inscrites.
La canicule de juin 2026 a mis le plan national canicule à rude épreuve. Dans une réponse parlementaire adressée au député socialiste Mars Di Bartolomeo, la ministre de la Santé et de la Sécurité sociale, Martine Deprez (CSV), confirme que l’épisode de chaleur du mois de juin constitue la «quatrième activation d’une alerte de grande chaleur ou de vigilance rouge depuis la mise en place du dispositif.»
Les précédentes alertes avaient été déclenchées les 4 juillet 2015, 24 juillet 2019 et 8 août 2020. La quatrième est intervenue, elle, le 18 juin dernier, alors que le pays amorçait une vague de chaleur historique pour un mois de juin.
Plus de 4 700 contacts
Le dispositif a connu une forte progression du nombre d’inscrits cette année. Après 211 inscriptions en 2024 et 199 en 2025, le nombre est monté à 436 en 2026. La ministre explique cette hausse notamment par «la mise à jour de la base de données utilisée pour l’envoi des courriers d’information» ainsi que par des épisodes de fortes chaleurs apparus «précocement dès le mois de mai». Il faut dire que la température maximale absolue enregistrée par MeteoLux au mois de mai était de 31,6 °C, un record (là aussi) historique établi jusqu’ici le 29 mai 2017.
Mais c’est surtout l’épisode du 18 au 29 juin 2026 qui donne la mesure de la mobilisation nécessaire : selon les chiffres transmis par le ministère, «au moins 436 interventions ont eu lieu quotidiennement, soit plus de 4700 contacts avec les bénéficiaires».
Ces chiffres ne permettent toutefois pas de connaître précisément le nombre total d’interventions réalisées. La ministre reconnaît qu’«il n’est pas possible de fournir une réponse fiable à cette question sur la base des données actuellement disponibles». Le système actuel repose en effet sur une «facturation forfaitaire» qui ne permet pas de comptabiliser chaque intervention.
Sur le terrain, l’intervention peut prendre plusieurs formes : visites quotidiennes, appels téléphoniques ou encore transfert vers les urgences. Le ministère annonce que «la numérisation en cours du dispositif permettra à l’avenir un suivi plus détaillé de ces différentes interventions».
Une couverture nationale
Le dispositif couvre l’ensemble du territoire luxembourgeois. Les ressources humaines sont réparties en fonction de la population de chaque canton et permettraient potentiellement d’accompagner «au moins 700 personnes», soit environ le double du nombre actuel d’inscrits.
Les données du ministère ne font par ailleurs pas apparaître de disparités territoriales importantes. La répartition des inscriptions correspond globalement à celle de la population. Une exception se dégage toutefois : «le canton de Luxembourg représente 31 % des inscrits, contre 24 % de la population.»
Pour autant, le gouvernement ne considère pas le dispositif comme figé. Interrogée sur l’adéquation des moyens face à des épisodes de chaleur plus fréquents et plus intenses, Martine Deprez souligne que «la survenue plus précoce des épisodes de canicule, leur prolongation et leur intensité croissante, dans un contexte de vieillissement de la population, appellent à une vigilance constante». Elle estime également nécessaire une «adaptation régulière des dispositifs mis en œuvre».
Vers un dispositif plus proactif ?
C’est d’ailleurs l’un des principaux enjeux soulevés par la question parlementaire. Mars Di Bartolomeo s’interrogeait sur la pertinence d’abandonner une logique d’«aide à la demande», fondée sur l’inscription volontaire, au profit d’une démarche permettant de «repérer les personnes vulnérables qui ne figurent pas dans le registre.»
La réponse ministérielle ouvre la porte à une évolution du dispositif. Des réflexions sont actuellement menées avec les différents acteurs afin d’envisager son extension à «d’autres profils», notamment «les personnes souffrant de maladies chroniques sévères, les personnes en situation de handicap ou encore celles confrontées à l’isolement social».
Les communes et les offices sociaux sont déjà associés au plan, tandis que les pharmacies participent à la diffusion de l’information auprès des personnes susceptibles d’être éligibles. Le dispositif repose également sur une collaboration avec les réseaux d’aide et de soins à domicile, a détaillé Martine Deprez.