Pour le Lëtzebuerger Landesuebstbauveräin, les canicules à répétition de cet été placent les maraîchers dans une position de plus en plus problématique. L’association déplore le manque de moyens mis à leur disposition.
Avec des températures dépassant régulièrement les 35 °C, l’été 2026 a entraîné une sécheresse particulièrement néfaste pour la nature et l’agriculture. Si les températures élevées empêchent notamment les viticulteurs d’effectuer toute prévision sur les vendanges, elles posent aussi de nombreux défis aux producteurs de fruits et légumes.
Le Lëtzebuerger Landesuebstbauveräin souligne dans un communiqué que la situation devient non seulement très problématique sur le plan agronomique, mais également sur le plan économique pour de nombreuses exploitations. «Les fruits et légumes ont besoin d’eau, et particulièrement durant les phases de croissance des plantes, de formation des fruits et de détermination de la qualité du produit», rappelle l’ASBL.
Face à des précipitations qui se font attendre, l’irrigation n’est plus une solution de confort, mais une condition fondamentale pour pouvoir produire. Mais celle-ci a un coût, qui ne cesse d’augmenter alors que la sécheresse s’installe et ajoute énormément de travail aux exploitants. «L’eau doit être rendue disponible, pompée, transportée et distribuée, explique le Lëtzebuerger Landesuebstbauveräin. À cela s’ajoutent les coûts énergétiques, de machines et de main-d’œuvre.» Et malgré ces efforts, l’irrigation ne permet pas toujours de compenser totalement le manque de pluie. Pour de nombreuses cultures, il faudra s’attendre à des rendements plus faibles. «Les exploitations se retrouvent prises dans un étau économique : les coûts de production augmentent sensiblement, tandis que, dans le même temps, moins de marchandises peuvent être vendues.»
Des conséquences durables
Le problème est d’autant plus grave que la sécheresse de cet été ne met pas seulement en danger les récoltes de l’année, celles de 2027 pourraient aussi être affectées. Au cours de l’été, les arbres mettent déjà en place les bourgeons floraux et donc une partie importante du potentiel de rendement de l’année suivante. Un stress hydrique important peut donc avoir des effets négatifs.
Sans soutien de la part de l’État, la situation pourrait devenir intenable pour les producteurs de fruits et légumes du Luxembourg. Depuis des années, il leur est demandé de produire davantage de fruits et légumes au niveau régional, de rendre l’approvisionnement alimentaire plus résilient et de réduire la dépendance aux importations. «Le Lëtzebuerger Landesuebstbauveräin soutient explicitement ces objectifs. Mais cette politique doit également créer les conditions de production nécessaires. Si nous voulons davantage de fruits et légumes luxembourgeois, nous devons aussi garantir aux producteurs la disponibilité de l’eau pendant les périodes de sécheresse.» S’il ne s’agit pas de consommer de manière illimitée de l’eau potable, les exploitants demandent une stratégie «intelligente et durable» de gestion de l’eau pour la production fruitière et maraîchère.
Des projets qui n’avancent pas
L’ASBL rappelle que l’un des points essentiels de cette stratégie consiste à stocker l’eau de pluie durant les mois où elle est disponible pour pouvoir l’utiliser en été. «Pour cela, nous avons besoin de réservoirs, de bassins et d’autres capacités de stockage adaptées à la réalité des exploitations agricoles.»
Mais l’association regrette que les discussions en ce sens restent sans effet. «Il y a déjà environ cinq ans, les premiers projets pilotes concernant le stockage et l’utilisation de l’eau pour la production horticole ont été discutés et lancés. Jusqu’à aujourd’hui, nombre de ces projets n’avancent pas ou très lentement.» Entre-temps, les périodes de sécheresse se font de plus en plus sentir année après année. «Nous ne pouvons pas nous permettre de passer encore cinq ans à discuter de projets pilotes de stockage de l’eau sans que des solutions concrètes voient le jour sur le terrain.»
Le Lëtzebuerger Landesuebstbauveräin demande donc «que les projets pilotes existants soient traités en priorité, que les blocages administratifs et idéologiques soient identifiés et que les procédures d’autorisation nécessaires soient accélérées». Parallèlement, une stratégie nationale «claire» doit être élaborée afin de déterminer comment l’eau de pluie peut être collectée, stockée et utilisée pour l’irrigation des cultures fruitières et maraîchères. Le tout sans que les eaux souterraines et les cours d’eau n’en pâtissent.
Une question de sécurité alimentaire
Mais pour le Lëtzebuerger Landesuebstbauveräin, le débat doit aller plus loin. «La question qui se pose est fondamentale : qui nous nourrira encore en 2050 ?» Dans d’autres régions d’Europe, notamment le sud, la production des fruits et légumes ne sera plus possible en raison de la chaleur et de la sécheresse.
Pour répondre aux objectifs d’une production luxembourgeoise, les maraîchers demandent donc une véritable réflexion afin de leur donner les outils nécessaires à l’irrigation et à l’approvisionnement de leurs cultures. «Sans eau, il n’y a pas de production de fruits et légumes. Et sans les infrastructures nécessaires, il n’y a pas non plus de perspective sérieuse pour développer la production régionale», conclut l’ASBL.