[HORS STADE] Rare femme dans ce monde d’hommes, Lise Klaveness, présidente de la fédération norvégienne, joue depuis des années le rôle de poil à gratter de la FIFA. Au point d’en prendre la direction?
Elle a saisi la commission d’éthique
Ses premières flèches contre Infantino, elle les décoche à peine portée à la présidence de la fédération norvégienne en 2022, sur les conditions d’attribution du Mondial au Qatar. Depuis Doha même, elle déplore publiquement que les droits humains, l’égalité et la démocratie n’aient pas été «dans le onze de départ».
L’année suivante, la Norvège refuse d’apporter sa voix à Gianni Infantino lors de sa réélection, pour marquer son mécontentement vis-à-vis de sa gouvernance.
Klaveness «a en quelque sorte été la première porte-drapeau d’une grande partie de cette critique que beaucoup d’autres partagent désormais lorsqu’il s’agit de la manière dont Infantino dirige la FIFA», souligne Mina Finsted Berg, commentatrice sportive sur la chaîne norvégienne TV2.
Les motifs d’indignation n’ont pas manqué ces derniers mois. De nombreux griefs que la fédération norvégienne a décidé de porter devant la commission d’éthique de l’instance mondiale du football.
La voix de Klaveness porte d’autant plus aujourd’hui que la Norvège, longtemps absente des grandes compétitions internationales, a réalisé un beau parcours lors de la dernière Coupe du monde, où elle a été éliminée en quarts de finale par l’Angleterre.
Blatter la voit prendre la suite
À l’étranger, des commentateurs louent sa «solide boussole morale», et voient en elle une sérieuse candidate pour remplacer Infantino, s’il venait à partir – le dirigeant est candidat à sa propre succession en 2027.
«Elle a été la seule à toujours prendre clairement position et à ne pas suivre le courant dominant. Et, à la FIFA, le moment est venu pour une femme de prendre les rênes», a estimé l’ex-président de l’instance, Sepp Blatter, sur X.
L’intéressée, elle, insiste pour ne pas réduire la crise du football mondial à un simple Game of Thrones et appelle à se recentrer sur les questions de bonne gouvernance plutôt que sur les luttes de pouvoir. «Pour nous, ça n’a jamais été une affaire personnelle contre Gianni Infantino. Les problèmes dépassent la personne du président.»
Tout en constatant que son nom circule, elle balaie les questions sur une éventuelle candidature : «Nous n’en sommes pas là».
Les obstacles restent en effet nombreux.
«En plus d’être considérée comme extrêmement radicale dans de nombreux endroits, notamment hors d’Europe, elle est une femme. Cela risque aussi de jouer contre elle dans beaucoup de régions du monde», estime Mina Finsted Berg.
Même au sein de l’instance européenne de l’UEFA, a priori mieux disposée à son égard, Klaveness avait échoué à se faire élire au comité exécutif en 2023. Elle n’y est entrée qu’en 2025, alors qu’elle était seule candidate au siège réservé aux femmes.
«Si elle a déjà tant de mal à se faire élire en Europe, comment pourrait-elle convaincre les Africains et les Sud-Américains?», s’interroge Erik Thorstvedt, ancien gardien de la sélection norvégienne devenu lui aussi commentateur.