Depuis samedi, les dés semblent jetés. L’Association des médecins et médecins-dentistes (AMMD) va refuser de signer une nouvelle convention avec la Caisse nationale de santé (CNS). L’actuelle arrive à échéance le 31 octobre. Sur le plan technique, la ministre de la Santé et de la Sécurité sociale, Martine Deprez, devra donc – sauf improbable revirement – prendre un règlement grand-ducal afin de prolonger les prestations et tarifs actuellement en vigueur. Les patients ne doivent donc pas craindre une dérégulation brutale des soins de santé. En revanche, le gel de la convention empêchera d’éventuelles améliorations des prestations. Des observateurs redoutent également d’autres blocages susceptibles de nuire aux assurés. Les médecins, y compris ceux qui ne sont pas affiliés à l’AMMD, ne verront pas, eux non plus, leurs tarifs revalorisés.
Sur le plan politique, d’autres questions se posent. En refusant de signer, l’AMMD réaffirme son opposition frontale au gouvernement CSV-DP, jugé trop hésitant lorsqu’il s’agit de libéraliser davantage le secteur des soins de santé. Le reproche d’une médecine trop centralisée, parfois comparée à un système digne du communisme, revient sur la table. Pourtant, la ministre Deprez a lancé des projets visant à permettre la création d’associations ou de sociétés de médecins, qui pourront proposer un éventail plus large de soins ambulatoires dans des cabinets privés. Une avancée largement insuffisante aux yeux de l’AMMD. Pas question toutefois de basculer dans un système à l’américaine, avec un minimum de soins remboursés aux patients. Pour l’heure, les assurés se retrouvent en quelque sorte pris en otage dans ce bras de fer.
Le refus de signer une nouvelle convention n’a jusqu’à présent pas suffi à pousser le gouvernement à aller plus loin dans la libéralisation. Le Premier ministre, Luc Frieden, a d’ailleurs clairement souligné lors de sa déclaration sur l’état de la Nation, au printemps, qu’il n’y aurait pas de déconventionnement dans la législature en cours. Nous voilà donc face à un désaccord malsain, à un moment où le système de santé et la Sécurité sociale doivent relever des défis vitaux, à commencer par un déficit financier qu’il faudra résorber au plus vite.