Grâce à plus de 500 indicateurs, l’Observatoire de l’égalité entre les genres a dévoilé son rapport 2025 qui dresse le portrait d’une société luxembourgeoise où le quotidien des femmes reste plombé d’inégalités.
C’est paré d’une nouvelle identité visuelle que l’Observatoire de l’égalité entre les genres a présenté lundi son rapport d’activité 2025. En reprenant la palette de couleurs du «rainbow flag» également adoptée par le ministère de l’Égalité des genres et de la Diversité, l’organe public franchit une nouvelle étape symbolique de son développement, après la refonte de son site internet et surtout l’instauration d’une base légale en 2024. Depuis sa création il y a sept ans, l’Observatoire cherche à gagner en visibilité mais aussi en efficacité afin d’orienter les politiques gouvernementales contre les inégalités de genre.
L’an dernier, de nouveaux indicateurs ont ainsi été ajoutés aux 500 indicateurs existants et mis à jour, couvrant sept domaines : violence domestique, emploi, prise de décision, équilibre vie professionnelle-privée, revenu, éducation et santé. De quoi affiner l’état des lieux dressé dans le rapport annuel afin de remplir au mieux la mission de l’Observatoire de l’égalité entre les genres résumée par la ministre Yuriko Backes : «Il est important de mesurer afin de pouvoir améliorer».
Des disparités au quotidien
Les données présentées dans le rapport permettent notamment d’apporter des précisions et nuances sur l’indice d’égalité de genre du Grand-Duché. Cet outil publié chaque année par l’Institut européen pour l’égalité de genre classe les pays membres de l’Union européenne en matière d’égalité. En décembre 2025, un score de 63,9 points sur 100 a été attribué au Luxembourg, le faisant reculer à la 9e place du classement après avoir été 7e en 2024. Bien qu’il s’agisse d’une note au-dessus de la moyenne européenne et qui jouisse de la 4e plus forte progression au sein de l’UE depuis 2015, cela prouve que les inégalités restent tenaces, à commencer dans le monde du travail.
L’Observatoire constate notamment une surreprésentation des femmes dans les emplois à temps partiel. Tandis que 29,5 % d’entre elles exercent à temps partiel, c’est le cas d’à peine 10 % de leurs collègues masculins. «Ces chiffres reflètent d’une part le recours au temps partiel pour réconcilier vie privée et vie professionnelle, mais aussi des inégalités persistantes en matière d’organisation du travail, de répartition des responsabilités familiales et de parcours professionnels», note le rapport.
En analysant l’engagement pour les activités liées à la garde d’enfants, l’Observatoire met en avant des «écarts notables» qui renvoient au «modèle traditionnel» de la femme qui sacrifie son temps, son travail, pour s’occuper du foyer. Pour les soins, les tâches scolaires, l’organisation des activités, la surveillance ou encore le soutien émotionnel, le père est, au quotidien, toujours moins investi que la mère. Même constat pour les tâches ménagères : 33 % des femmes s’en chargent au quotidien, contre 16 % des hommes.
Des carrières et pensions sacrifiées
Comme point positif, les femmes s’avèrent être davantage employées au fil des années. De fait, l’écart du taux d’emploi selon le genre diminue, en baisse de 1,9 % sur un an, mais les travailleuses souffrent de difficultés à concilier leur activité rémunérée et leur vie personnelle. Chaque jour, 12 % d’entre elles disent être en peine à accomplir leurs tâches ménagères et 12 % ressentent la même chose avec leurs responsabilités de soins, contre 4,7 % et 7,6 % des hommes. En parallèle, les femmes sont, en moyenne, en congé plus longtemps que les hommes (3,5 jours contre 3,1 en 2024), «confirmant une implication féminine plus forte dans les responsabilités familiales».
Ce déséquilibre dans l’organisation du temps de travail aboutit à une inégalité en matière de pensions, en défaveur des femmes. L’année passée, l’écart médian de pension était de 37,5 %. Cela reflète «des inégalités accumulées tout au long de la vie professionnelle (salaires, durée et interruptions de carrière, temps partiel)», analyse le rapport, qui souligne que cet écart «est un enjeu de précarité, en particulier pour les femmes âgées seules».
Malgré qu’elles soient parfois mieux payées que les hommes, de plus en plus qualifiées et devenues majoritaires dans l’enseignement supérieur, les femmes souffrent encore de «mécanismes interdépendants qui entretiennent les inégalités de genre tout au long du cycle de vie». Sans compter les violences domestiques dont le rapport présenté le 26 juin dernier indique, entre autres, que sur les 2 802 personnes victimes de violences au sein de leur foyer en 2025, il s’agit de femmes dans huit cas sur dix.