Apparu en 2023, le duo Riverflow a mis de l’essence dans sa folk acoustique en s’entourant d’un groupe. Un changement ambitieux qui s’écoute et se raconte. Entretien.
Elle à la voix, lui à la guitare. Jusqu’à cette année, Riverflow respectait les principes minimaux de la folk américaine. Mais voilà que pour leur premier disque, après un EP acoustique et intime en 2023, le tandem composé de Laurent Hild et Mylène Hilbert s’est offert les services d’un producteur et d’un groupe, avec basse, batterie, piano, chœurs et harmonica. Au bout, Next to the Trees, album plus ambitieux avec lequel il espère se révéler au Luxembourg.
Le musicien folk, qui joue et chante, c’est une figure connue de l’Histoire de la musique. Par contre, le duo chant-guitare, c’est plus rare. Comment est né le vôtre?
Laurent Hild : En 2022, j’ai écrit ma première chanson, mais je n’étais pas forcément à la recherche d’une chanteuse. On s’est connus un peu par hasard.
Mylène Hilbert : C’est un ami commun qui m’a parlé de lui. Je me rappelle être allé le voir. J’étais très timide, je chantais tout doucement (elle rit). Mais le morceau m’a plu, et de suite, ça a fonctionné entre nous.
Au départ, votre duo s’appelait Mylène. Pourquoi?
L. H. : Je voulais rester en retrait. Ce qui m'intéressait, c'était d’écrire des chansons. Et éventuellement l'accompagner sur scène. Mais au fil du temps, on a trouvé une vision commune, et il fallait défendre ce lien, le rendre concret. C’était bizarre de jouer sous ce nom alors que j’étais là, que j’existais.
Que faut-il alors comprendre derrière celui de Riverflow?
L. H. : C’est une manière de dire que notre duo est comme le courant d’une rivière : il ne suit pas une ligne droite mais il est en mouvement, tantôt calme, tantôt imprévisible. C’est l’appellation qui correspond le mieux à notre musique, qui refuse d’entrer dans des cases. On ne veut pas se brider, stagner.
Il y a
eu des moments où je me suis dit «là, c’est plus possible, on arrête!»
De duo, vous passez en groupe pour votre premier album. Vous sentiez-vous trop limité dans vos moyens?
L. H. : On adore jouer à deux, l’intimité des petites scènes. Mais si on veut voir plus grand, il faut savoir s’entourer, avoir des gens derrière en appui.
M. H. : Jouer en groupe, c’était une première, mais c’est plutôt pas mal. Et ça ouvre des perspectives : on peut garder cette approche délicate du duo, ou imaginer des choses plus dynamiques, plus affirmées.
L. H. :
C’est le producteur Frank Möller qui a amené les musiciens. Nous, on ne vient pas du monde de la musique. On n’avait aucun réseau, ni de réelle ambition. Riverflow est parti de rien, juste d’une voix et d’une guitare.
Vos morceaux, densifiés, ont gagné en énergie et en profondeur. Ça vous fait quoi de les avoir vu se transformer?
M. H. : C’est étonnant de voir comment une chanson peut se modifier au contact des autres, comment les influences se mélangent. Quand on prend notre précédent EP (Daydream, 2023), on voit tout de suite la différence : de la douceur, on est passés à quelque chose de plus entier.
L. H. : C’était troublant. En tant que compositeur, on a le morceau en tête et on imagine ce qu’il peut devenir… Le plus dur, c’est de s’ouvrir aux avis extérieurs. On a parfois eu de longues discussions avec l’équipe. Mais au final, on est fier d’avoir pris cette direction. D’avoir osé.
Photo : pierre levy
Avec le producteur et le groupe, étiez-vous dans le contrôle?
M. H. : Au début, oui, car nos chansons racontent des histoires, et ce qu’elles signifient ne se retrouvaient plus dans la musique. Le producteur comptait montrer les différentes facettes de ma voix et de notre répertoire. C’était finalement lui le plus exigeant! (elle rit). Mais avec le temps, les rapports sont devenus plus naturels.
L. H. : Le but, c’était d’apporter de nouvelles idées, et pour ça, il ne faut pas empêcher les musiciens de s’exprimer. Par contre, trouver un équilibre est important, ce qui engendre parfois des désaccords. Une collaboration, ce sont des caractères qui s’affrontent… Il y a même eu des moments où je me suis dit
«là
, c’est plus possible, on
arrête!
»
. Au final, ça a quand même fonctionné, même s’il a fallu du temps pour s’ajuster.Justement, l’album a mis deux ans à se créer. Pourquoi cela a duré aussi longtemps?
L. H. : Ça tient à différentes choses : le fait que le producteur travaille à côté, que ce n’est pas son activité principale. Le fait aussi que réunir un groupe, ce n’est jamais évident. Il y a eu aussi d’autres circonstances, personnelles, qui ont ralenti le processus créatif. Sans oublier, comme je l’ai déjà dit, qu’il a fallu revoir les morceaux, discuter, trouver des solutions… On ne voulait surtout pas se stresser, mais au contraire, prendre le temps, laisser le projet mûrir à son rythme.
Next to the Trees est sorti il y a quelques jours. Est-il à la hauteur de vos attentes?
L. H. : Moi, ce que j’apprécie, c’est que chaque morceau a un caractère musical propre. Et malgré cette différence, l’album, de bout en bout, a une forme de cohérence, une vraie tenue.
Sonne-t-il plus joyeux que s’il avait été enregistré uniquement à deux, en acoustique?
M. H. : Clairement. On a un côté mélancolique tous les deux.
L. H. : C'est vrai que l’on aime beaucoup les chansons en mineur (il rit). Un peu tristes.
M. H. : Le meilleur des exemples pour monter l’entrain et l’énergie qu’a apportés le groupe, c’est la chanson Next to the Trees, qui démarre et conclut l’album. On a fait cette seconde version parce que la première est celle du producteur, plus positive. Alors que moi, je préfère son côté fragile, intime.
L. H. : Il faut dire qu’elle traite du suicide d’une amie. La voir perdre ces airs légers, plus insouciants, ça m’a perturbé au début. Maintenant, je m’y suis fait. Je la trouve même plus efficace qu’en acoustique.
On aime beaucoup les chansons en mineur
On pourrait qualifier votre disque de folk-pop, mais il a parfois des accents blues, rock, gospel… D’où viennent ces différentes influences?
L. H. : Le blues et le rock des années 1970-1980, c’est ce que j’écoute le plus. Forcément, ça déteint sur les compositions. Après, il s’agit de s’adapter à la voix de Mylène, qui n’est pas du genre à crier ou à chanter fort (il rit).
Est-ce la guitare ou la voix qui guide les chansons?
L. H. : Quand j’arrive avec une nouvelle chanson, c’est moi au départ qui chante dessus, mais dès qu’elle se l’approprie, ça peut prendre des orientations que je n’avais pas imaginées.
M. H. : Si je pouvais écrire mes textes, ça sonnerait encore différent. C’est une question d’incarnation, de ressenti, de visualisation : quand on raconte une histoire qui vient de soi, c’est autre chose que de raconter celle d’un(e) autre.
Mais j’aime celles de Laurent : elles me touchent, résonnent en moi.
Photo: pierre levy
Quel serait le fil rouge narratif de cet album à mettre en lumière?
L. H. : Ces textes, ces mélodies, c’est mon monde intérieur, l’expression des émotions qui m’ont traversé ces dernières années. C’est authentique, honnête.
Vous dites que ce disque est une «étape» dans l’évolution de Riverflow. Quelles seront les prochaines?
L. H. : On a envie de s’établir au Grand-Duché, de s’y faire un nom. Et idéalement faire un nouvel album.
M. H : Moi, j’aimerais retrouver la simplicité du duo guitare-chant, et pourquoi pas imaginer jouer cet album uniquement de cette façon.
L. H. : D’ailleurs, les retours du public disent la même chose : certains préfèrent le premier EP, et d’autres cette approche plus orchestrée. Tout ça est très subjectif.
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